Familles
Mélange d'influences XIXe siècle et années 70 pour pour cette maison de ville de 600m2 typiquement bruxelloise
Chez
Chez Victoria-Maria et Louis, Gustave, 17 ans, Alphonse, 15 ans, et Eugenia-Maria, 13 ans.
Ici, on ne crie pas « À table » : on s’appelle parfois au téléphone pour rassembler toute la famille : deux parents, trois ados et un chat ! Bâtie en 1929, cette grande maison de maître bruxelloise s’étend sur cinq niveaux autour d’un grand escalier. Aux deux derniers étages, auxquels on accède par un ascenseur, se trouvent les bureaux de l’agence d’architecture intérieure fondée par Victoria-Maria en 2007. C'est là qu'elle imagine projets et collaborations - avec la faïencerie Gien, la galerie de mobilier Philippe Hurel ou encore les tissus Pierre Frey - au style baroque et raffiné mêlant ancien et contemporain. Sa dernière touche créative ? Un club d'affaires privé orchestré par Xavier Niel, bientôt ouvert place des Vosges, à Paris. Très cadré - depuis un test ADN, elle attribue son goût de la rigueur à ses origines d’Europe de l’Est -, l’intérieur de cette ancienne élève en journalisme reste pourtant plein de vie : terrazzo XXL dans la cuisine ou nu de la photographe Barbara Iweins dans la salle de bain, autant de détails qui racontent une maison bien moins classique qu’il n’y paraît.
Lieu
Bruxelles
texte
Anne-Laure Griveau
Photographies et Vidéos
Gautier Billotte, Valerio Geraci
Canapé à fleurs Josef Frank vintage (années 20) et table basse « œuf » « Cosima » signée Victoria-Maria
Tableau Jean Miotte, lampe fleurs en bronze Maison Janssen
Fauteuil tubulaire jaune « Diane » par Victoria -Maria
Fauteuils « Elsa » Joe Colombo, tapis Pierre Frey et tapisserie encadrée suédoise KG Nilson
Canapé « Wenceslas » par Victoria-Maria et fauteuil en cuir vintage Percival Loeffer
Soie Élitis jaune aux murs et chaise en noyer Norman Cherner
TSF
Quelle est votre histoire avec cette maison ?
Victoria-Maria
Nous acheté cette maison de maitre typiquement bruxelloise en 2017. Elle date des années 30 ; personne n’en voulait, parce qu’elle avait été transformée en bureaux et était divisée en deux parties distinctes, dont un duplex qui constitue aujourd’hui mon agence d’architecture d’intérieur. L’autre élément qui pouvait effrayer les gens, c’est cet immense hêtre rouge centenaire que nous partageons avec les voisins qui occasionne beaucoup d’entretien et de contraintes. Moi, je l’adore. Il change de couleur toute l’année, c’est un arbre spectaculaire. J’ai tout de suite projeté des idées dans cet endroit que nous avons rénové pendant un an avant d’emménager. 72 heures après notre emménagement, tout était posé ! Les meubles disposés et les cadres étaient accrochés. Je savais exactement où chaque objet devait aller, j’avais tout en tête depuis le tout début !
TSF
Justement, comment commence un projet dans votre manière de travailler ?
Victoria-Maria
Je ne pars jamais d’un concept théorique. Je commence toujours par quelque chose de très concret : une image, un tissu, une matière, une couleur qui devient un élément déclencheur d’idées. Pour la maison de mon voisin, l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt, tout est parti d’une image de mode dans un magazine - j’ai une formation de journaliste, j’adore la presse. Il y avait trois filles portant trois manteaux de couleurs différentes. L’image était forte, graphique, très visuelle. À partir de cette référence, j’ai imaginé un tapis, puis toute la palette de la maison s’est construite autour. J’aime que chaque projet ait un point de départ clair et identifiable.
TSF
Quel a été cet élément déclencheur chez vous ?
Victoria-Maria
Chez nous, tout est parti d’un canapé Josef Frank acheté aux enchères à Stockholm. Je l’ai acheté avant même d’avoir la maison. Il est devenu le point de départ de toute la décoration.
TSF
Quand vous regardez votre maison aujourd’hui, que raconte-t-elle de vous ?
Elle raconte que je suis quelqu’un de structuré, mais pas fermé. Que j’aime les choses fortes, les couleurs, les objets avec une histoire. Elle raconte aussi mon côté international : mon enfance entre plusieurs pays, mon éducation Italienne ou mes voyages en Inde. Je pense que ma maison reflète cette combinaison : une base très organisée, mais une expression très libre dans les choix esthétiques. Et puis il y a quelque chose d’important : la maison n’est pas figée. Elle évolue. Je change des choses, j’ajoute des pièces, je déplace des objets. Il faut que cela reste vivant. Une maison doit être un espace de mouvement, pas une image.
TSF
Vous vivez à Bruxelles, mais êtes née en Allemagne et avez en partie grandi en Italie, cela a-t-il pu participer à la formation de votre goût ?
Victoria-Maria
Nous sommes une famille très internationale. Je suis née en Allemagne, mais j’ai beaucoup vécu en Italie. Mon père était dans l’import-export de phosphate, notamment, pour la pharmaceutique, et ma mère astrologue. Mes parents ont habité à Rome, à Milan ou encore au Costa Rica avant de s’installer en Belgique. Nous passions nos étés en Toscane et parlons italien en famille. Électron libre, très international, j’étais néanmoins persuadée d’avoir des origines italiennes ! On me dit souvent que mon travail est très milanais dans l’esprit, notamment dans le maximalisme. J’aime les couleurs, les grandes boucles d’oreilles, les choses assumées.
TSF
Mais un test ADN dit le contraire sur vos origines, n’est-ce pas ?
Victoria-Maria
Et oui ! Un ami avait apporté des tests ADN lors d’un diner, vous savez ces entreprises qui tracent vos origines dans le monde sur plus de 300 ans… Et bien trois semaines après les résultats sont tombés : zéro pour cent italien ! En réalité, je suis très mélangée, avec beaucoup d’ascendance d’Europe centrale, Kosovo, Roumanie, etc. Et je me suis reconnue dans cette idée et dans cette esthétique : les femmes avec des couronnes de fleurs et beaucoup de motifs. Quelque chose de folklorique, mais aussi structuré, avec une certaine rigueur. Cela correspond bien à ma manière d’être.
Assiettes « Oriente italiano » maison Ginori, verres à pied Saint Louis, verres à eau Murano. Au mur : tableau de Paolo da San Lorenzo.
J’ai fait 15 ans de ballet. Cela m’a appris la rigueur et a construit ma façon d’être. Cela se reflète dans mes intérieurs : colorés et joyeux, ils sont avant tout structurés.
TSF
Cette rigueur influence-t-elle votre travail ?
Victoria-Maria
Oui. Je suis quelqu’un de discipliné. J’aime que les choses soient organisées et à leur place. Cela fait partie de ma culture et de mon éducation. C’est ainsi que j’élève mes enfants. Je ne supporte pas la mollesse et le laisser-aller de certains courants éducatifs occidentaux. J’ai fait 15 ans de ballet. Cela m’a appris la rigueur. Je n’en garde aucun traumatisme, au contraire, cela a construit ma façon d’être. Je pense que cela se reflète dans mes intérieurs : même lorsqu’ils sont riches et joyeux, ils restent avant tout structurés. Je pense que l’idée de « maximalisme contenu » est une bonne définition. J’aime les intérieurs très décorés, avec des mélanges de couleurs et de matières, mais j'apprécie que tout soit à sa place. L’ordre me permet de réfléchir. Un espace clair m’aide à travailler et à vivre sereinement.
TSF
La spiritualité fait-elle partie de votre vie ?
Victoria-Maria
Oui. Ma mère était astrologue, et cela a toujours fait partie de notre univers. J’ai une passion pour la physique quantique (le comportement de la matière et de l’énergie à l’échelle des atomes et des particules, ndlr) et tout le versant spirituel qui en découle. La science de l’infiniment petit est finalement ce qui est expliqué dans la bible, c’est une façon d’expliquer la religion. Je suis croyante et pratiquante ; j’aime ce lien entre spiritualité et explication scientifique.
TSF
Votre maison est aussi votre lieu de travail, plaisir ou inconvénient ?
Victoria-Maria
C’est un plaisir ! Nous vivons et travaillons ici, aux deux derniers étages que nous avons acquis dans un second temps. Mon mari et moi travaillons ensemble. Il s’occupe davantage de la partie business. Il n’y a presque pas de séparation entre vie professionnelle et vie familiale. Les enfants montent beaucoup au bureau. Ils viennent faire signer un cahier, emprunter du matériel, regarder un projet. Il y a un ascenseur, mais nous sommes tout le temps dans l’escalier. C’est un lieu de passage, de discussion. C’est vraiment l’axe de la maison. J’adore m’asseoir sur la dernière marche, en bas, réfléchir et attraper celui de mes enfants qui passe à ce moment-là.
TSF
Vous avez d’autres rituels en famille ?
Victoria-Maria
Nous prenons toujours le petit-déjeuner et le dîner ensemble dans la salle à manger. C’est un moment important. Nous parlons d’orientation scolaire et de coupes de cheveux des garçons ! Nous discutons beaucoup, avec parfois de grandes envolées. La maison est animée ! Nous adorons aussi recevoir et donner de grands diners.
TSF
Vous voyagez beaucoup ensemble ?
Victoria-Maria
Oui. Nous sommes récemment partis en Inde, au Rajasthan. Les enfants ont adoré ; c’était important pour moi de partager cela avec eux. J’y suis déjà allée plusieurs fois et tout m’inspire là-bas. Les gestes, les tissus, les bracelets, la manière de bouger, tout est raffiné, la beauté omniprésente. Je m’y sens en transe totale. Je peux marcher pieds nus dans les marchés sans problème. C’est un pays qui m’émeut profondément.
TSF
Vous rapportez des objets particuliers ?
Victoria-Maria
Dès que je voyage, je rapporte une boîte. C’est presque un rituel. J’aime les ouvrir, les ranger, les organiser parfaitement. J’ai aussi, dans notre salon, une collection de petites boîtes laquées russes, avec des dessins traditionnels, qui me vient de mon père – qui vit aujourd’hui à Bruxelles, tout à côté.
TSF
Des matières ou motifs indiens vous inspirent-ils particulièrement ?
Victoria-Maria
Oui, j’adore les motifs réalisés selon la technique du blockprint. Je suis une grande fan de textile. J’aime les soies, la moire, le velours ; pas particulièrement le lin. Nous avons développé des tissus auprès de la maison Pierre Frey, avec des motifs serpent, dont un ouroboros, symbole égyptien du VIe siècle avant JC représentant un reptile qui se mord la queue, signifiant la recherche de créativité en soi-même. Avec la faïencerie de Gien, j’ai imaginé des assiettes inspirées du papier marbré vénitien. J’adore dessiner des motifs. C’est une manière d’exprimer ma créativité autrement que dans les intérieurs.
TSF
En mode aussi ?
Victoria-Maria
Je parlerais plutôt de couleurs. Je porte beaucoup de blanc, de beige, de bleu marine. Je ne porte jamais de noir. Cela ne me va pas. Il est déjà arrivé que mes enfants me fassent remonter en me voyant descendre l’escalier vêtue de noir : « Ce n’est pas du tout toi ! ». Je choisis les vêtements comme les pièces de design : au coup de cœur, selon l’énergie qu’ils dégagent. J’aime la marque new yorkaise Staud ou le style des australiens de la griffe Posse.
TSF
Le prochain projet Victoria-Maria ?
Victoria-Maria
J’ai récemment travaillé pour un club d’affaires privé à Paris, porté par Xavier Niel et son fils dans un hôtel particulier place des Vosges. Le lieu devrait ouvrir prochainement; il sera le pendant d'un établissement récemment ouvert Avenue d’Iéna par la même équipe.
TSF
Quel est votre secret pour tenir ce rythme ?
Victoria-Maria
Le sommeil. Je suis au lit à 20h30. Si je sors, je file à l’anglaise vers 23 heures, minuit maximum !
Tête de lit dessinée par Victoria-Maria dans la chambre de Gustave.
Collection de boucles d'oreilles vintage des années 80
Portfolio de tableaux chinés dans la chambre de Victoria-Maria
Poignées "abeilles" de la penderie
Photo signée Barbara Iweins
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