Familles
Déjeuner d'amis dans le nouvel appartement de Clara Luciani
Chez
Clara Luciani
Il y a des intérieurs qui résonnent comme des chansons. Incarnés, chaleureux, vivants. C’est ainsi chez Clara Luciani. Alors qu’elle achève la tournée de Mon Sang, album écrit à l’aune de sa maternité – Clara Luciani est la maman d’un petit garçon âgé de 2 ans –, la chanteuse nous ouvre les portes de l’appartement haussmannien du 9ᵉ arrondissement de Paris dans lequel elle vient de poser ses valises. Dans cet immeuble Belle Époque, elle a composé un intérieur à son image : instinctif mais réfléchi, classique en apparence mais traversé de couleurs, de souvenirs, d’amis et de mélodies esthétiques. Avec son ami et architecte Pierre Savajol (PS Studio), Clara Luciani a imaginé un lieu qui respecte l’existant tout en l’ouvrant à son univers, entre moulures d’époque, pièces seventies chinées et espaces pensés pour recevoir. Cœur battant de la maison, la pièce de musique incarne cette vitalité : c’est là qu’elle écrit, joue du piano, lit, mais aussi regarde des films – autre passion fondatrice de son univers, de Jacques Demy à Sofia Coppola. Un lieu chargé de deux siècles d’histoire dans lequel Clara Luciana a fait entrer la vie. À commencer par notre équipe, qu’elle invite à sa table, avec ses amis, en guise de crémaillère !
Lieu
Paris
texte
Anne-Laure Griveau
Photographies et Vidéos
Gautier Billotte, Valerio Geraci
Canapé
, tables basses
, fauteuil italien années 70 et luminaire chinés.
Fauteuil italien chiné.
Meuble vinyles PS Studio
Avec l'architecte Pierre Savajol (PS Studio), sur le canapé
.
Chaises
, appliques Coquillage Axel Chay.
TSF
Comment décrirais-tu ton intérieur ?
Clara
Je pense que c’est un joyeux bazar de tout ce que j’aime. Des choses qui ne vont pas forcément bien ensemble sur le papier, mais qui me parlent sur le plan esthétique. Il y a beaucoup de choses chinées, anciennes, beaucoup de musique, des livres un peu partout. Et, surtout, de la vie.
TSF
Ce mélange semble très cohérent malgré tout. Avais-tu des périodes de prédilection ?
Clara
Je suis assez fan de la période des années 1950 aux années 1970. Mais je peux aussi posséder des objets d’une époque antérieure. Récemment, en tournée à Toulon, je suis passée chez un antiquaire et j’ai acheté des jeux des années 1920. J’aime bien ce mélange entre des choses très modernes et d’autres très anciennes, tant qu’elles transmettent une forme d’héritage. Même dans le contemporain, j’aime quand une histoire est racontée.
TSF
D’où vient ce très fort attrait pour les années 1960-1970 et la couleur ?
Clara
Je pense que tout a commencé avec Les Demoiselles de Rochefort. Je l’ai vu très jeune, vers 8 ans, et ce fut un choc visuel. C’est un film de 1967 et je crois qu’il a vraiment orienté mon regard, mon goût pour la couleur. Le rose, le bleu, le vert pâle… Tout vient de là.
TSF
Ton œil pour la décoration semble très formé. Comment cela s’est-il construit ?
Clara
J’ai grandi dans une toute petite maison de pêcheurs, 60 m² pour quatre personnes. Je viens d’un milieu très simple, ma mère aimait bien la déco, mais c’était beaucoup de récup et de chine. On allait tout le temps dans les brocantes et les vide-greniers, je pense que mon goût de la trouvaille vient de là. Par la suite, je me suis inscrite en histoire de l’art au lycée. C’est là que j’ai compris que plus on absorbe de choses visuellement, plus tout se répond, et que les arts communiquent beaucoup entre eux. Ma curiosité et ma créativité en ont vraiment été nourries, que ce soit pour l’écriture ou la composition musicale. J’ai aussi toujours eu une obsession pour les couleurs et leurs associations, notamment dans la mode et les intérieurs anglais. Les Anglais sont beaucoup plus audacieux avec les couleurs que nous. Mon premier voyage là-bas, à 11 ans, m’a procuré un véritable émoi visuel. Je suis tombée amoureuse du vintage, des associations de motifs un peu folles, des intérieurs cosy, des jardins anglais… Et ça a vraiment ouvert une partie de ma créativité.
TSF
Le vert est justement très présent dans l’appartement, notamment dans le salon. Quelle était l’intention ?
Clara
Il y avait déjà du vert dans cet appartement. On l’a retravaillé, version pistache, pour le rafraîchir et le rendre plus lumineux. Quand j’arrive dans un lieu, j’aime lui être fidèle. Je me suis dit : il a été vert pendant cinquante ans, laissons-le vert. L’idée était de ne pas contrôler trop violemment l’énergie du lieu, mais de la moderniser pour qu’elle dialogue avec mes meubles et mes objets.
TSF
Les boiseries peintes donnent presque un esprit de maison plus que d’appartement parisien.
Clara
Oui, complètement. J’aimais l’idée d’un cocon, quelque chose de chaleureux, presque comme une maison de campagne en ville. Le bois enveloppant, les tons chauds, le vert qu’on retrouve partout… Ça crée une unité. Même les sols ont été pensés dans ce sens, avec un parquet plus clair que dans les appartements haussmanniens traditionnels, pour donner plus d’air.
TSF
En parlant d’air, peux-tu nous parler des instruments à vent trouvés dans ces murs ?
Clara
Oui, je n’avais rien vu au début. Et puis on s’est rendu compte qu’il y avait des instruments de musique dans les moulures, dans les médaillons. C’était complètement prédestiné. Quand j’ai découvert ça, je me suis dit que cet endroit m’attendait peut-être un peu.
Chaises
, canapé
, meuble vinyles PS Studio, appliques Coquillage Axel Chay.
Mes amis me disent : « C’est toi, en appartement. » Il y a une base très classique, et puis tout à coup, des bizarreries.
Chaise Steen Ostergaard 291 Cado
Avec Etienne Daho
Rideaux
Lustre 70's chiné, lampe à poser orange Artemide vintage
TSF
La musique structure tout l’appartement. Était-ce impensable de ne pas avoir une pièce dédiée ?
Clara
Oui, totalement impensable. Je travaille beaucoup de chez moi et on ne sait jamais quand une chanson arrive. Je trouve ça important d’avoir un endroit où on peut l’accueillir. Même si, évidemment, parfois les idées viennent ailleurs, dans la rue ou en tournée. C’est une pièce de travail, mais aussi de partage. Même si, avec mon fils, tout se joue autour de la platine, dans le salon. C’est un vrai rituel entre nous.
TSF
Quel rôle joue-t-elle dans votre vie de famille ?
Clara
C’est de cette manière que mon fils découvre la musique, par les disques. Moi aussi, j’ai découvert la musique par ce biais. Au début, j’étais hyperstressée à l’idée qu’il touche aux vinyles, parce que certains sont des pressages rares, j’en ai depuis mes 11 ans, d’autres sont japonais… Et puis je me suis dit que ça faisait partie de la vie. S’ils doivent être abîmés, ils le seront. Je trouve trop chouette qu’il ait cet apprentissage-là.
TSF
Quels artistes écoutez-vous ensemble ?
Clara
Un peu de tout. Françoise Hardy, Yellow Submarine des Beatles, ou même Julien Doré... des choses très différentes ! Il se sert, il explore. J’adore cette idée que la musique circule librement dans la maison.
TSF
Ton œil semble également très nourri par le cinéma.
Clara
Je n’ai pas fait d’études, mais j’avais une curiosité telle que j’ai accumulé un bon bagage en littérature et en musique. J’ai, en revanche, de grosses lacunes en cinéma. Pour autant, à chaque fois que j’ai eu des chocs esthétiques, c’était à travers des films. Jacques Demy, notamment, mais aussi Wes Anderson et Sofia Coppola. Ce sont des épiphanies visuelles très fortes, qui sont restées imprimées dans ma rétine et qui conditionnent mes goûts, autant en décoration qu’en mode.
TSF
Y a-t-il des éléments filmiques précis qui t’ont inspirée ici ?
Clara
Complètement. Les codes couleurs de mon bureau, avec leurs teintes poudrées, sont très inspirés de ces réalisateurs.
TSF
Ton intérieur mélange beaucoup d’objets chinés et de pièces plus contemporaines, lesquelles comptent particulièrement pour toi ?
Clara
J’adore le fauteuil fleuri de mon salon, c’est une pièce italienne des années 1970 au piètement métallique ovale étonnant. J’achète beaucoup en tournée, souvent à distance, en ligne ou sur WhatsApp en contact avec Pierre, parfois sans voir les objets – ce qui est assez stressant. Je ne suis pas du tout attachée aux signatures, plutôt au caractère et à l’allure. L’important, c’est que ça fonctionne ensemble. Tu as ici des objets des années 1920 qui flirtent avec ceux des années 1960. Et ça marche ! Enfin, j’espère…
TSF
Quelle pièce The Socialite Family est devenue centrale ici ?
Clara
Le
! Je l’ai découvert en ligne pendant une tournée. Pierre est allé le voir pour moi, m’a montré les différents velours… C’était une évidence. J’en ai rêvé avant qu’il arrive. Il est très confortable, modulable, et l’alliance de ce tissu très doux et du métal, c’est exactement ce que j’aime.
TSF
Justement, comment as-tu travaillé avec Pierre Savajol sur ce projet d’appartement ?
Clara
C’était génial. Je savais ce que je ne voulais pas, j’avais des intuitions de couleurs, de matières, mais ce n’est pas mon métier. Pierre a été mon garde-fou, mais aussi quelqu’un qui m’a emmenée ailleurs. Il m’a fait aimer des choses que je n’aurais jamais osées, comme une salle de bains presque entièrement rouge ! Il traduisait ce que j’avais en tête, tout en canalisant mes excès. Je lui envoyais des luminaires roses, il me répondait : « Tu me fais une blague ? »
TSF
As-tu le sentiment que cet appartement te ressemble ?
Clara
Tous les gens qui viennent ici me disent : « C’est toi en appartement. » Il y a une base très classique, très sage et, tout à coup, des bizarreries. Je peux être très calme, très douce et, parfois, complètement excessive. Cet appartement a exactement ça. Et je crois que c’est assez fidèle à qui je suis.
Chaise
, rideaux
en lin blanc, rideaux
rose The Socialite Family.
Bibliothèque chinée et restaurée
Menuiserie sur-mesure
Suspension bistrot sur-mesure, La Quincaillerie Moderne
Peinture Grenade signée Reem.R
Ilot sur-mesure
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