Familles
Chez Pauline Borgia, un ancien cabinet médical devenu navire familial
Chez
Pauline Borgia, Nicolas Lebot, André, 3 ans, et Georges, 10 mois
De l’air ! L’architecte Pauline Borgia et son compagnon Nicolas Lebot veulent respirer. Loin du tumulte parisien, dans le tranquille 14ᵉ arrondissement, ils ont transformé un ancien cabinet médical de 69 m² en appartement familial lumineux et modulable. Ici, tout est pensé pour vivre ensemble : chaque mètre carré de ce plan ouvert est optimisé pour trois – puis quatre ! – sans jamais perdre la sensation d’espace. Le regard et les échanges circulent, jusqu’à la crédence de la cuisine en plexiglas orange, transparente et solaire. Touche 70’s forte, elle dialogue avec cette moquette et cette teinte bleue en all over qui habille l’espace pour prolonger le ciel et cette vue incroyable offerte par 12 m de baies vitrées. Un vrai « dedans-dehors », comme un vaisseau ouvert sur la ville. La respiration continue à l’extérieur, entre marché bio d’Edgar-Quinet, balades matinales au jardin du Luxembourg, ou trajets à vélo long tail dans la remorque que vient de rejoindre Georges, le petit dernier. Pauline voudrait bien y ajouter une guirlande lumineuse, elle qui a choisi les matériaux de leur appartement - faïence, inox – pour que la lumière y danse. Fondatrice de son agence en 2019, elle déploie ici une architecture sensible, où couleurs et usage se conjuguent pour créer un intérieur à la fois fonctionnel, poétique et vivant.
Lieu
Paris
texte
Anne-Laure Griveau
Photographies et Vidéos
Constance Gennari, Gautier Billotte
Crédence de cuisine en plexiglas orange, applique Lolo Axel Chay, tableau signé Alékos Fassianós, offert par la maman de Nicolas, d'origine grecque
Table dessinée par Pauline
Lampe Snoopy des frères Castiglioni et ouvrage "Dans le mur, architecture et limites planétaires" de Nicolas Delon, Benoit Bonnemaison et Ronan Letourneur
Meuble de rangement USM
TSF
Avant d’être votre appartement, ce lieu avait une toute autre fonction !
Pauline
Oui, c’était un cabinet médical. Les pièces étaient en enfilade, une pièce par fenêtre. Lorsqu’on l’a visité – on ne voulait surtout pas d’haussmannien, plutôt du post-années 50 avec une liberté de plan -, je voyais une vue différente à chaque fois que j’entrais dans une pièce ! Je me suis dit que c’était trop beau pour rester cloisonné.
TSF
Vous avez donc fait le choix radical de tout ouvrir.
Pauline
Oui, complètement. Il n’y avait aucun mur porteur, donc on a tout cassé pour dégager la façade et profiter des 12 mètres linéaires de fenêtres. On voulait un grand plan libre, pas de petites chambres, un espace unique, très ouvert, parce qu’on vit beaucoup ensemble. À l’époque, on était trois et on se disait qu’à son âge, notre fils ne chercherait pas à s’isoler dans sa chambre. En dehors des pièces d’eau, sa chambre est néanmoins la seule pièce qui ferme vraiment, à l’aide d’une grande porte coulissante et phonique. Finalement, il y passe beaucoup de temps, mais parce qu’elle fait presque partie du salon et de la vie commune. Aujourd’hui, à quatre, nos usages ont évolué — on rêve parfois d’un couloir ! — mais l’idée de départ reste la même : vivre ensemble, dans un espace ouvert.
TSF
Cet appartement a ainsi été entièrement dessiné autour de votre manière de vivre.
Pauline
Oui, il est ultra fonctionnel pour nos modes de vie. On ne ferme jamais les portes, on est toujours les uns avec les autres, on a envie de se voir. Tout est pensé pour que le regard circule : même la crédence est transparente pour garder ce lien visuel.
TSF
Cet accent de plexiglas orange, mais aussi les moquettes, l’inox et la petite faïence, l’esprit est très 70’s.
Pauline
Oui, mais ce n’était pas forcément conscient. Finalement, ça dialogue bien avec l’époque de l’immeuble. Il date de la fin des années 60, il est très bien dessiné, jusque dans les parties communes qui sont sublimes avec des mosaïques de bois et des jeux d’inox.
TSF
L’un des éléments forts, c’est cette marche centrale.
Pauline
À l’origine, il y a une contrainte technique : les évacuations d’eau passent là, il y aurait donc eu une marche quoi qu’il arrive. On a choisi de la prolonger pour en faire un vrai élément de vie. Elle devient une assise, un gradin. Quand on reçoit, tout le monde s’assoit là, par terre, autour de la table basse. On vit beaucoup par terre ! Ce n’était pas prévu, j’ai dessiné la table de la cuisine de façon très fonctionnelle, avec un banc et beaucoup de rangements à roulettes en dessous, mais on dîne ici, côté salon, tous ensemble. C’est très familial, très simple. Le week-end, les amis viennent en chaussettes, avec leurs enfants, et restent toute la journée. Ce n’est pas un appartement de représentation.
TSF
Cette différence de niveau permet aussi de distinguer la chambre.
Pauline
Oui, la chambre est légèrement surélevée et se ferme avec un rideau. Elle est entièrement habillée de bois, donc elle a un autre “vêtement”. Quand on est dedans, on a vraiment l’impression d’être dans un petit espace à part, presque comme un bateau, ouvert sur le ciel et les toits.
TSF
Justement, le ciel est omniprésent ici.
Pauline
C’est véritablement un des habitants de l’appartement. Tous les matins, avec les enfants, on regarde le ciel et on dit de quelle couleur il est. Rose, orange, violet, c’est toujours incroyable. Même quand il ne fait pas beau, on voit toujours un petit coin de lumière. C’est pour ça qu’on a choisi ce bleu très enveloppant.
TSF
C’est ce qui vous a fait oser le all over de bleu ?
Pauline
Oui, on voulait prolonger le ciel à l’intérieur. Les murs, la moquette, même les plafonds sont bleus. Quand il fait beau, ça se confond presque avec l’extérieur. On disait qu’on entrait dans notre petit vaisseau. Même sans extérieur, on vit vraiment un dedans-dehors permanent.
Tête de lit bibliothèque
Luminaire Flos Parentesi
On voulait prolonger le ciel. Les murs, la moquette, même les plafonds sont bleus. Quand il fait beau, ça se confond avec l’extérieur. On dit que notre chambre est notre petit vaisseau.
Les couleurs primaires et les objets chinés rythment la vie de la chambre d'enfant
Étagères Pierre Sala et fauteuil Axel Chay pour Monoprix
Suspension Haba vintage
TSF
Les matériaux participent beaucoup à cette atmosphère solaire et chaleureuse.
Pauline
J’aime travailler par relais de matériaux. Dans les zones techniques, on est en carrelage ; dans les zones de vie, en moquette. La mosaïque des sols reprend le petit format de l’originale, mais en blanc pour réfléchir la lumière. Tout est pensé ici pour la faire circuler et briller : l’inox, le carrelage brillant...
TSF
La salle de bain est plus théâtrale.
Pauline
Elle est minuscule, donc on a assumé un parti pris fort. C’est une référence à Alberto Pinto. J’aime ce côté audacieux, presque décoratif. À Paris, j’aime travailler le chêne, parce que je trouve que c’est la tradition, mais dans cette salle de bain, et ailleurs dans l’appartement, j’ai choisi l’okoumé. C’est un bois, certes moins noble, mais qui a de belles flammes que j’adore. J'aime bien avoir des lignes très minimales, très fonctionnelles. Et puis venir ajouter une touche de couleur ou d’un matériau qui rajoute de la structure.
TSF
Beaucoup de tes références se trouvent dans des livres, ta maman est autrice, crois-tu qu'il y ait un lien entre ton enfance et ton rapport à l'architecture ?
Pauline
Oui, clairement. Mes parents vivaient dans un appartement très haussmannien, avec une distribution classique. Et puis, à un moment, ils ont tout transformé : ils ont enlevé les moulures, cassé les murs porteurs, mis des IPN partout. On a quitté l’appartement quelques mois, et quand on est revenus, c’était le même lieu, mais complètement métamorphosé. J’étais à un âge charnière, entre l’enfance et l’adolescence, et ça m’a énormément marquée. C’est assez drôle quand on pense que c’est devenu mon métier.
TSF
Tes parents t’ont donc très tôt plongée dans cet univers.
Pauline
J’ai toujours baigné là-dedans. Mon père travaillait dans les cinémas, il refaisait des salles avec des architectes et m’emmenait souvent sur les chantiers. Ma mère, qui est journaliste et écrivaine, a un œil incroyable, elle partageait beaucoup ses références, ses sujets. Son intérieur déborde de livres. Elle m’a d’ailleurs donné beaucoup de ses ouvrages d’architecture, surtout des années 90-2000, parce qu’à l’époque, quand elle écrivait sur un architecte, elle achetait tous les livres possibles. Mon père, lui, m’offrait souvent des lampes quand j’étais plus jeune, notamment des luminaires italiens. Tout ça a formé mon regard, assez naturellement.
TSF
Les livres sont d’ailleurs omniprésents ici.
Pauline
Nicolas, mon compagnon, lit énormément – Tanguy Viel ou Laurent Mauvignier, Histoires de la Nuit, en ce moment. Être entourés de livres, c’est essentiel pour nous, d’où cette idée d’une tête de lit bibliothèque. Là aussi, c’est notre manière de vivre qui a guidé les lignes.
Carreaux de faïence brillante reproduisant le sol original, avec ajouts d'inserts de couleur, cuisine inox.
Salle de bain à la découpe théâtrale inspirée d'Alberto Pinto, bois d'okoumé
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