Frédérique Picard et Bernard Soria
Famille - Paris

L'appartement de la propriétaire de la marque Carel

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chez

Frédérique Picard et Bernard Soria

Nous entrons dans l’appartement de Frédérique Picard et Bernard Soria par la cuisine. La pièce principale, dans l’organisation des volumes et le cœur de ses propriétaires, de cet intérieur à la très grande hauteur sous plafond qui laisse déjà entrevoir une tendance à l’accumulation ! Aussi chargé que ses habitants sont vivants, cet espace au parquet en point de Hongrie est situé dans un quartier de Paris que la propriétaire de Carel affectionne pour l’omniprésence de ses ateliers d’artisans. Encadreurs, retoucheurs, couturiers : un bonheur pour celle qui place la tradition et le travail de la main de l’homme au service de la stratégie visant à faire renaître, tout en le modernisant, l’héritage du chausseur-maroquinier Georges Carel. Un challenge relevé avec brio depuis le rachat de la marque il y a 12 ans, catapultant les iconiques modèles portés, entre autres, par Françoise Hardy, aux pieds de la toute nouvelle génération de filles à suivre, d’Alexa Chung à Clara Luciani. Cette capacité à se renouveler sans cesse, la Parisienne la doit à une curiosité exacerbée qui lui vaut d’être en permanence entourée, stimulée. Qu’il s’agisse de ses propres fils, de ses équipes mais aussi d’inconnus ou, comme chez elle, d’objets. Du sol au plafond, chacun d’entre eux recèle une histoire digne d’être racontée. Un souvenir d’une époque passée et des savoir-faire qui lui sont liés. Les tapis anciens ont été chinés lors de ventes aux enchères, les chinoiseries début de siècle se muent en réceptacles d’une autre passion – les plantes – tandis que la collection de vaisselle patiente en attendant les prochains dîners et que celle de dessins, peintures et autres photographies absorbe le tout dans des dimensions parfois délirantes. Des mariages instinctifs évoluant au gré des univers. Salle à manger banquet – avec sa table de couvent massive et son œuvre XXL de l’artiste Joël Degbo qui nous évoquent les réceptions royales – salon antichambre, chambre maison de campagne : dans cet endroit dépourvu de couloirs, les ambiances se succèdent à la manière d’un travelling. Un film dont les différents plans sont à retrouver dans cet article, avec, à la voix off, notre hôte.

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria

Au-delà de la création et de la communication, je crois profondément qu’il y a un esprit de famille dans tous les services de Carel. Cela fait un supplément d’âme très recherché par la génération Z.

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
  • Frédérique, Bernard : pouvez-vous vous présenter ?
Frédérique

Je suis une vraie-fausse Parisienne. C’est-à-dire que j’ai vécu à l’étranger, en Asie et en Afrique, jusqu’à mon bac ! Mais j’ai un amour viscéral de Paris que je traverse à vélo de long en large de la rue de la Roquette à la place Clichy ou Neuilly plusieurs fois par jour. Je pourrais plus tard devenir un chauffeur de taxi comme il y en avait avant, ceux qui connaissent tous les « petits trucs » pour faire gagner du temps. Et c’est pour cela que j’adore déménager et connaître un nouveau quartier. Ça m’excite énormément à chaque fois. Je suis cheffe d’entreprise 7j/7, mais ma passion, c’est les plantes, les jardins, les balcons et par extension les pots et la décoration des jardins.

Bernard

Je suis photographe et coach. J’ai eu un parcours très atypique du théâtre au Carré Silvia-Monfort à la publicité chez Saatchi & Saatchi. La période que nous venons de traverser a profondément changé mon regard de photographe, comme le montre mon livre On ne ferme pas le ciel.

Frédérique, vous avez repris la direction générale de la marque de souliers et de maroquinerie Carel il y a 12 ans. Aujourd’hui, où en êtes-vous ?

Frédérique

La société est en plein renouveau avec une équipe de création très inspirée et un modèle de développement très majoritairement digital, ce qui nous met « aux pieds » des Pékinoises comme des filles très cool de Los Angeles. Il y a en ce moment un truc spécial avec la marque qui fait « crak boom uuh » en parlant de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy, ce couple mythique de la chanson française qui a inspiré tellement de jeunes talents aujourd’hui. Les chanteuses comme Sasha Spielberg à New York, Vanille, Angèle, Barbara Pravi, Carla Bruni, Clara Luciani… Elles adorent faire la scène en Carel, notre secret de fabrication 100% en Italie apportant beaucoup de souplesse au-delà du brio et de l’élégance so frenchy.

Quel a été votre plus gros challenge ? Vous parlez souvent de faire renaître l’héritage de la marque, avec de la modernité. Comment vous y êtes-vous pris ?

Frédérique

Carel, c’est une équipe incroyablement engagée même si nous avons 70 ans d’existence – nous allons célébrer sa création en avril prochain. Nous nous comportons tous comme si nous étions une jeune start-up. Nous avons fait le coursier dans un Paris désert sans barguigner en 2020 ou fait des cartons à l’entrepôt de la rue de la Roquette parce que le Covid frappait. Carel, c’est une vraie famille. Je ne dis pas cela parce que ce sont mes deux fils qui nous ont lancé l’Instagram il y a 5 ans, avec un style si particulier, et qui continuent d’ailleurs à nous faire les shootings avec leur patte et leur style qui, je crois, font la différence. Mais, au-delà de la création et de la communication, je crois profondément qu’il y a un esprit de famille dans tous les services. Cela fait un supplément d’âme très recherché par la génération Z. Nous avons gardé notre côté très parisien à la fois cool, mais en réalité sophistiqué que les trentenaires du monde entier adorent.

  • Que reste-t-il à faire ?
Frédérique

Aller encore plus loin dans le défi écoresponsable, avec des matières alternatives et travailler encore plus avec des artistes engagés.

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
  • Parlez-nous de votre éducation. Dans quel cadre avez-vous grandi – et par conséquent vu se former votre goût ?
Frédérique

J’ai grandi en Algérie et au Laos, dans une famille très arty avec un grand sens de la débrouille, du bricolage, des mélanges de genres. Et puis ma mère, qui n’est plus là, était handicapée donc nous devions toujours faire à sa place tous les petits gestes de la vie sans son aide. Quand elle recevait, elle me disait comment couper les fleurs, choisir le bon vase ou le placer sur la table pour que ce soit beau mais aussi que les convives se parlent. J’adorais « préparer » avec elle. C’était un immense bonheur, et j’ai appris plein de choses sur l’art de mettre du bonheur dans la maison. De la joie avec un petit bouquet tout bête à un endroit inattendu. C’est un truc qui est essentiel dans la vie. Bref, j’ai été élevée un peu au contraire de ce qui caractérise certaines mamans aujourd’hui, qui ont parfois tendance à faire tout à la place de leur enfant.

Bernard

J’ai grandi dans un milieu dans lequel l’art et la culture étaient essentiels. J’ai été très marqué par mon oncle qui a connu les plus grands artistes du XXe siècle. Il organisait des spectacles de danse, des concerts et a mis en scène de grandes fresques théâtrales. Il possédait chez lui des tableaux uniques.

  • Racontez-nous l’histoire de votre rencontre avec cet appartement.
Frédérique

Nous avions vécu pendant longtemps dans le IIIe arrondissement et pu voir son évolution de plus en plus haut de gamme. Les magasins chinois de la tour Eiffel se sont peu à peu transformés en galeries de peinture et concept stores super trendy. Nous voulions tous les deux revivre dans un quartier beaucoup plus parisien et pas trop touristique, avec des mélanges de populations, des artisans, des petits restos populaires et simples. Bref : avec une vraie vie de quartier. Dans cet appartement, ce qui m’a plu, ce sont les deux cours fleuries à l’intérieur (toujours les fleurs !). Ensuite, dès que j’ai ouvert la porte… À la première visite, les proportions et la hauteur sous plafond qui donnent tout de suite de l’élégance et de la respiration.

Bernard

J’adore le style préhaussmannien de cet appartement et du quartier, avec des cours intérieures et des plans d’appartements qui permettent une grande profondeur des perspectives. On est entre Fenêtre sur cour et une mise en abîme.

  • Quelle y est votre pièce favorite ?
Frédérique

La première pièce à vivre dès qu’on y entre, c’est-à-dire la cuisine. Tout s’y discute et s’y règle en famille.

Bernard

Notre chambre où tout est beige, blanc. Même les tableaux, les photos et les lampes ! Allongé sur le lit, je peux méditer en regardant le ciel.

  • Comment l’avez-vous meublé ? 
Frédérique

Aux puces de Saint-Ouen pour les éclairages et surtout avec des tableaux !

Bernard

Et quelques photos quand même ! (Rires)

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria

Cet appartement raconte mon désordre, ma façon de toujours tout mélanger parce que je crois que l’ordre est mortifère et mène à l’entropie.

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
  • Nous sommes entourés par des accumulations d’objets divers. Qu’est-ce qui vous anime dans cette idée de collection ? Quelle est votre dernière lubie ?
Frédérique

Ma dernière lubie : les timbales en argent qu’on offrait pour les baptêmes en les gravant du nom du nouveau-né. Cela saluait l’arrivée sur terre et, parfois, c’était celle du grand-père. Émouvant ! C’est un objet à la fois, beau, solennel et silencieux qui marque la transmission.

La trouvaille dont vous êtes le plus fière ?

Frédérique

Une accumulation d’Arman, en édition d’artiste dans une petite brocante du quartier.

Il y a aussi beaucoup d’œuvres d’art. Comment les choisissez-vous ?

Frédérique

J’ai trois thèmes que je cherche en permanence dans des brocantes, en visite d’atelier, à Drouot ou en vide-greniers (absolument partout). Le premier, c’est les arbres, en particulier les pins penchés de mon enfance à Tipaza, près d’Alger. Je les cherche avec nostalgie. Puis les dessins au crayon ou à l’encre de jardins à la française, fous et désordonnés comme ceux de Provence où je vais souvent, et enfin des portraits. L’art magistral, pour moi. Par exemple, les profils de Djamel Tatah à dimension d’homme sont pour moi des citations magnifiques tout droit venues de la tradition de la Renaissance italienne avec sa première couche d’enduit sur fond rouge qui déborde en coulures légèrement sur le côté. Je pense aussi à une tête d’algérien au bic de Foujita, le plus parisien des peintres japonais et je pense très fort à mon ami ukrainien Tahar – tout spécialement aujourd’hui – qui raconte les Marseillais et leur dégaine de fumeurs de gitane comme personne.

  • Que raconte ce lieu de vous ?
Frédérique

Il raconte mon désordre, ma façon de toujours tout mélanger parce que je crois que l’ordre est mortifère et mène à l’entropie.

Bernard

Le mouvement permanent. C’est une maison dont on peut faire le tour, j’ai besoin de bouger sans cesse et je réfléchis mieux en marchant ! Et puis, ce double mouvement entre le dedans et le dehors, l’intimité et le monde extérieur que permet son plan traversant.

  • Pour vous, The Socialite Family, c’est… ?
Frédérique

Une façon de faire un lien entre l’extérieur et l’intérieur. L’intimité et la sociabilité des personnes. Ça éveille la curiosité.

Bernard

Le lien entre le parcours d’un couple et la façon unique qu’il a de créer son lieu de vie.

  • Où vous retrouverons-nous dans les prochains mois ?
Frédérique

Dans notre maison de Bandol où nous avons construit un lieu magique.

Bernard

Ah, la lumière du Sud ! Elle fait vibrer chaque pièce et chaque objet de façon différente du matin au soir.

Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria
Frédérique Picard et Bernard Soria

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