Familles

L'appartement « cadavre-exquis » des fondateurs de la marque de médaille Bisavó

Chez

Brune de La Guerrande et César Vilaceque, Pablo, Noé 7, Iban 4 ans

C’est après un tour du monde et une installation avortée à Jaipur, en Inde, une des plus « des plus grandes claques de leur voyage », que Brune de La Guerrande et César Vilaceque ont décidé de s’installer à Lisbonne. En cause ? La naissance prématurée de leurs jumeaux, Pablo et Noé, mais aussi l’envie d’une vie plus douce au soleil et près de la mer, « inconsciemment guidée par mes ancêtres indo-portugais » énumère la diplômée de l’ESAG Peninghen. En rencontrant la capitale du Portugal, c’est finalement elle-même que la designer a fini par trouver. Un « moi » profond qui ne demandait qu’à être écouté, considéré ! En plaquant tout pour tout recommencer, le couple s’est révélé. Mais a aussi imaginé Bisavó, une marque de médailles en or 19 carats sur lequel est apposé de l’émail en couleurs, hommage à leur fascination pour les objets de protection divers rencontrés tout du long de leurs pérégrinations. L’occasion de redonner vie à un savoir-faire – et à un bijou ! – en voie de disparition, mais également de faire quelque chose avec ses mains. Un déclic que l’hyperactive n’a eu depuis de cesse de développer dans son atelier, ne se limitant à aucun médium. Un des plus marquants ? La céramique. Apprise en créant avec frénésie après un premier cours et un premier objet : une croix. Un symbole hommage à ses parents partis il y a longtemps, qu’elle décline avec l’idée de remettre la nature au centre d’un culte universel. Poétiques et délicates, ses productions charment autant qu’elles interpellent, finissant par se retrouver dans d’autres salons que le sien. Une oasis végétale faite de meubles et d’objets rapportés par cartons entiers des quatre coins du globe et qui, comme leur appartement, leur ressemble dans toutes leurs fantaisies.

Lieu

Lisbonne

texte

Caroline Balvay

Photographies et Vidéos

Constance Gennari

TSF

Brune, César : pouvez-vous vous présenter ?

Brune & César

Tout a commencé sur un capot de voiture, lors de la soirée de remise de diplôme de notre école d’art, l’ESAG Peninghen. Nous nous sommes rencontrés lors de la dernière semaine des cinq ans d’études… et depuis, nous ne nous sommes plus quittés !

TSF

Quel est votre parcours ?

Brune

Je suis designer. Je ne me suis jamais adaptée au système classique de l’éducation nationale ! C’est en intégrant une école d’art que je me suis enfin sentie à ma place et que je me suis mise au boulot. Je me suis formée dans l’ancienne agence d’Andrée Putman – Écart – qui est spécialisée dans l’agencement d’hôtels et le dessin de mobiliers assortis. J’ai ensuite été à mon compte, en freelance pour des particuliers puis des restaurants, etc. C’est en perdant ma mère que j’ai pris la décision de me mettre à mon compte. C’est une réflexion qui m’a toujours interpellée, la justesse de la prise de décision au moment où l’on se reconnecte à la vie ; c’est souvent lors des obstacles douloureux, qui font d’ailleurs partie intégrante de ce que nous sommes !

César

Je suis graphiste et directeur artistique. J’ai travaillé en free-lance et ai également passé pas mal de temps dans la presse écrite pour les Éditions Jalou et Condé Nast.

Brune & César

Après quelques années à travailler, nous avions une grande envie commune de larguer les amarres, de changer d’air et de se bousculer un peu ! Bref, d’aller voir ailleurs. Résultat, à 30 ans : un tour du monde d’un an. Cela a eu plus que l’effet escompté. Au-delà du dépaysement, nous avons eu une vraie prise de recul, une sortie du tourbillon de la vie parisienne ! C’était un retour à l’essentiel de nos envies, de nos vies. Nous avons atterri assez difficilement mais avec des carnets remplis d’idées et l’envie de recommencer l’expérience. Puis nous avons fini par travailler ensemble en proposant des projets de restaurants pensés et dessinés dans leur globalité. Du nom, logo jusqu’aux travaux d’aménagement en passant par le dessin du mobilier et le choix des petites cuillères !

TSF

Vous avez complètement changé de vie en 20****16 en vous installant ici, à Lisbonne. Pourquoi cette ville et, plus globalement, ce pays ?

Brune

À la suite de notre tour du monde, nous voulions partir nous installer à Jaipur, en Inde. Ce pays a été l’une des plus grandes claques de notre voyage. C’est un vivier d’idées, un fourmillement de vie ! Mais la naissance prématurée des jumeaux a été un peu rock and roll. Nous nous sommes donc adaptés et avons réfléchi à une autre destination pour avoir une vie plus cool, tant qu’à faire, près de la mer et au soleil ! J’ai dû être inconsciemment guidée par mes ancêtres indo-portugais (Rires). Nous avons donc pris nos jumeaux d’un an sous le bras et sommes descendus dans notre minivan en longeant tranquillement la côte Atlantique avec, comme point de mire : Lisbonne ! Tout ça avec mon ordinateur sur les genoux en continuant à travailler, à distance, sur des projets à Paris.

Pour la décoration de notre appartement, c’était un peu Noël ! J’ai ouvert tous mes cartons de notre tour du monde. On nous en envoyait par bateau de presque chaque pays, tous remplis à craquer (...)

TSF

Est-ce votre emménagement qui est à l’origine de la création de votre marque de médailles traditionnelles revisitées, Bisavó ?

Brune & César

Durant notre tour du monde, nous nous sommes ouverts aux autres cultures, aux croyances, aux objets de protection divers. Ils nous ont complètement fascinés ! C’est cette quête qui, très vite, a guidé notre itinéraire pour aller à la rencontre de tel artisan qui fabriquait tel objet. Une vraie chasse aux trésors ! Tous les jours, c’était une aventure différente. En me baladant – ou plutôt me perdant – dans Lisbonne, je suis tombée sur une médaille ancienne que vendait une b__isavó (une arrière-grand-mère) dans une brocante. Le mélange de la couleur – que j’affectionne particulièrement – et de l’or m’a conquise. J’ai adoré et j’ai eu envie de redonner vie à ce savoir-faire, de dépoussiérer un bijou qui disparaissait. Nous avons donc relancé cet artisanat d’émail en couleurs sur de l’or 19 carats pour avoir un bijou qui traverse les modes et parle à toutes les générations – et confessions ! Je suis très fière de voir nos créations portées, différemment, aussi bien par des petits que des ados en passant par les mères et les grands-mères.

TSF

À travers ces bijoux, quel est le message que vous souhaitez véhiculer transmettre ?

Brune & César

L’idée est de réunir toutes les différences au sein d’une même famille. Il s’agit d’aimer, de le dire, et de le porter ! Aujourd’hui, chacun a une spiritualité à sa sauce, chacun fait sa petite cuisine. Finalement, nous sommes tous uniques et singuliers, mais formons un tout ! L’idée avec B__isavó, c’est un peu ça : la singularité de chacun au sein d’une même famille. Nous gravons dans l’or des symboles hauts en couleur et proposons des médailles à toute la tribu, la smala, la famille, les amis, les cousins et les cousines, les marraines et les parrains, les papas, les mamans, et ce, à l’occasion de toutes les occasions, justement. Pour dire son amour, transmettre, offrir, se protéger et s’inspirer au quotidien. En gros, on tatoue son histoire sur de l’or ! C’est aussi un vrai plaisir que de savoir qu’à notre échelle, nous contribuons à la préservation de savoir-faire qui ont tendance à disparaître, ici, au Portugal.

TSF

Parlez-nous de votre éducation. Dans quel cadre avez-vous grandi – et par conséquent développé votre goût ?

Brune

Je viens d’une grande tribu. Mon père était un amoureux de la vie, des gens, des bonnes choses. Il nous a appris à oser ! Ma mère était hypercréative, bricoleuse et superchineuse ! Elle m’a beaucoup poussée à croire en moi et à faire ce que j’aime. Elle était issue d’un milieu un peu old school. Le fait de les perdre assez jeunes nous a, mes trois frères et sœurs et moi-même, rapprochés plus que jamais. Mes grands-parents, eux, étaient architecte, peintre et designer d’un côté. De l’autre, j’avais une grand-mère un peu fofolle mais finalement, c’est elle qui avait tout compris ! J’avais également plein de cousins et nous étions un peu livrés à nous-mêmes ; nous partions en expédition avec une planche, un masque et un tuba à explorer, s’inventer des histoires toute la journée ou à la campagne à créer des villes dans les arbres. Nous allions sur les bancs de l’église mais, moi, j’étais déjà plutôt branchée méditation sur les rochers ! (Rires)

César

Enfant unique, j’ai eu des parents plutôt excentriques qui travaillaient dans le milieu de la mode. J’étais tout le temps fourré dans les backstages des défilés et les puces et autres brocantes le week-end avec eux ou chez mes grands-mères pendant les vacances. J’ai grandi dans une ambiance festive, plus entouré d’adultes que d’enfants.

TSF

De quelle manière y sensibilisez-vous, à votre tour, vos enfants ?

Brune & César

Nous n’y avons pas vraiment réfléchi. Ils vivent dans notre univers, donc forcément, ils se sont imprégnés de couleurs vives, de mélange des genres. Après, le plus important pour nous est qu’ils trouvent leur propre singularité. Pour cela, nous leur laissons une certaine autonomie. Un exemple simple : ils peuvent s’habiller de manière très bizarre, cela nous fait rire mais nous les laissons tester ! Disons que si on leur apporte une base, ils l’agrémenteront de leur propre mauvais goût. Nous pensons que c’est celui de chacun qui, assumé, fait naître des univers singuliers.

TSF

Racontez-nous l’histoire de votre rencontre avec cet appartement.

César

Nous sommes arrivés à Lisbonne alors que le prix de l’immobilier était bas. À force de chercher le bien parfait, les prix ont triplé. C’était la folie. Les gens – notamment des investisseurs étrangers – achetaient des appartements comme on achèterait une paire de chaussures, sans doute pour le revendre le double six mois plus tard. Nous nous sommes fait doubler plusieurs fois alors que nous avions eu de vrais coups de cœur. Quand nous avons vu ce lieu, nous avons « dégainé » très rapidement. Ce n’était pas un coup de foudre mais il cochait plein de cases : il était dans son jus, et je savais que je pourrais en faire quelque chose qui nous ressemble.

TSF

Comment l’avez-vous pensé ? Et meublé ?

Brune & César

À défaut d’un extérieur, ce qui était important était de laisser de l’espace à nos trois petits gars. Nous les avons installés au grenier que nous avons aménagé et qui est baigné de lumière. Ce sont leurs 30 m² de liberté. Ils ont chacun leur petit coin dans leur lit cabane sous la pente où il n’y avait pas beaucoup de hauteur. Autre point hyperpositif : le bazar est canalisé là-haut et ne déborde pas trop dans le reste de l’appartement. La seconde plus grande – et importante – pièce chez nous, c’est la cuisine. Car tout le monde y finit toujours ! Nous avons récupéré la hauteur des combles et, à défaut d’avoir une terrasse, je me suis fait une jungle. Un canapé et une boule à facettes, et Roulez jeunesse ! Pour la décoration, c’était un peu Noël. J’ai ouvert tous mes cartons de notre tour du monde. On nous en envoyait par bateau de presque chaque pays, tous remplis à craquer. Dix ans après, je redécouvrais des trésors. Pour le reste, c’est un peu un cadavre exquis d’objets se rattachant à nos familles, à des lieux. Ce sont des choses qui racontent une époque ou des rencontres, des pièces d’amis designers, chinées ou que j’ai dessinées.

TSF

Pour vous, The Socialite Family, c’est… ?

Brune & César

Un glimpse d’une famille qui trace sa propre route avec singularité, mais aussi une sacrée nana et équipe derrière tout ça !

TSF

Où vous retrouverons-nous dans les prochains mois ?

Brune & César

Qui sait ? Sur de nouveaux chemins vers d’autres pays à la recherche d’autres artisanats ! Cela nous démange déjà. De toutes les manières, on s’était dit, au retour de notre tour du monde, que l’idéal serait de partir tous les cinq ans faire des mini-retraites au lieu d’attendre la fin du chemin pour en profiter ! Le paradis, c’est maintenant, aujourd’hui, dans la vraie vie ! Profitons-en !

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Créations en propre

Chaque ligne, chaque finition de nos créations de mobilier et luminaires a été pensée par notre studio créatif à Paris.

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