Hugo Toro, architecte narrateur

Hugo Toro, architecte narrateur

Depuis son plus jeune âge, Hugo Toro absorbe la beauté de ce qui l’entoure. Une manière d’être pour cet architecte et décorateur franco-mexicain qui a trouvé dans les disciplines qu’il exerce un véritable médium. Jeune fondateur d’une agence au style « pluriel, varié et éclectique », l’hyperactif a réinvesti avec le souci du détail qui le caractérise un appartement parisien figé dans le temps depuis soixante ans. Un challenge supplémentaire pour ce créateur, soucieux de produire une architecture narrative pour chacun de ses projets. Intégrant dans ses dessins préparatoires le contexte et les contraintes du lieu – une enfilade de pièces et de typologies de fonction – le créateur a pensé les volumes comme les wagons d’un train parcourant le monde. Une thématique du voyage qui s’illustre tant dans la gestion de l’espace – optimisé comme dans une véritable cabine grâce à la réalisation sur mesure d’une grande partie du mobilier – que dans l’omniprésence de la couleur et les contrastes entre les matières utilisées.

Lampe et canapé en velours chez Hugo Toro à Paris
Table en marbre et livre chez Hugo Toro à Paris
Décoration sur table dorée chez Hugo Toro à Paris
Pied de statue sur tapis chez Hugo Toro à Paris
Canapé en velours vert chez Hugo Toro à Paris

Hugo, pouvez-vous vous présenter ?

Hugo
Je suis architecte, architecte d’intérieur et un peu artiste ! Originaire de l’Est de la France, avec une double nationalité, mexicaine et française. J’ai 31 ans et j’habite à Paris.
Quel est votre parcours ? 
Hugo
Après un bac général, j’ai commencé par un master en architecture intérieure à l’école Penninghen à Paris, avant d’enchaîner avec un deuxième master en architecture entre Vienne en Autriche et Los Angeles.
Parlez-nous de votre éducation au « beau ». Comment s’est développé votre goût ?
Hugo
Je ne suis pas certain qu’il y ait une éducation au beau. Je crois avoir toujours été sensible et intéressé par le beau mais un peu dans mon monde, et j’ai depuis longtemps un goût ou plutôt un intérêt pour les objets, ainsi que pour la construction en tout genre. Je me rappelle qu’enfant, mon jeu préféré consistait à dessiner et construire des cabanes (comme beaucoup d’enfants), mais aussi à les équiper, du sol au plafond. Je travaillais le détail, la lumière, la concordance (ou non) des couleurs, la cheminée. L’extérieur m’intéressait aussi et j’avais organisé un système de récupération des eaux de pluie pour alimenter des bassins à têtards. J’étais aussi bien à la conception qu’à la réalisation. Je pouvais y passer mes étés. Et puis dans mon « éducation au beau », pour reprendre votre expression, ou plutôt dans mon apprentissage culturel, je partageais une passion commune avec ma mère, celle de repeindre et de tapisser chaque année les pièces de la maison. Enfin, j’ai toujours dessiné. Le dessin et la peinture étaient une échappatoire. Cela m’a permis de créer mon propre moyen d’expression et le langage associé pour transmettre ma vision souvent décalée et incomprise du monde qui m’entourait.
Quand avez-vous su que vous souhaitiez y dédier votre vie ?
Hugo
Je crois que je l’ai toujours su. Je n’ai pas l’impression d’y dédier ma vie, mais simplement de vivre ma passion et d’avoir trouvé un medium. Comme un danseur qui tous les jours s’entraîne, je m’astreins à regarder autour de moi pour capter un mouvement, une couleur, une image dont je pourrais peut-être un jour me resservir. Dans ce sens, tous les jours, je réinvestis ce métier et j’y consacre ma vie.
Hugo Toro sur son canapé en velours vert dans son salon à Paris

Mon espace de vie parisien est pensé comme les wagons d’un train. La configuration du lieu est atypique dans la mesure où c’est une enfilade de pièces et de typologies de fonction.

Salon rouge avec plante vertes chez Hugo Toro à Paris
Pochette de Fleetwood Mac chez Hugo Toro à Paris
Designers, artistes : quels sont ceux dont l’œuvre a eu une influence majeure sur vous, votre travail ? 
Hugo
Comme je vous le disais, je suis franco-mexicain. Donc mes influences sont multiples, de ce côté-ci du globe en Europe mais aussi en Amérique du Sud ou le reste du monde. Mes références sont nomades dans la mesure où j’ai étudié en France, en Australie, en Autriche et aux États-Unis. Je jongle de l’art nouveau et du souci du détail d’Otto Wagner aux ambiances et à la matérialité créées par l’architecte Adolf Loos, pour ensuite tomber dans le modernisme de Luis Barragán et revenir à mes études analytiques des peintures de Zaha Hadid. La peinture et les installations occupent une place importante chez moi. Richard Long m’inspire, tout comme la passion et le jeté de Cy Twombly, ou encore la précision ou le flouté de Gerhard Richter.
Après un début de carrière en duo, vous vous lancez en 2020 en solo. Parlez-nous de votre studio, de vos envies derrière celui-ci.
Hugo

Le studio que j’ai construit est pluriel, varié, éclectique. Pluriel car même si je suis à la tête et que je donne le tempo et les axes des projets, je travaille avec une « garde rapprochée » qui contribue à préciser et à enrichir les projets tous les jours. « Winning as A team » pourrait être notre devise. Varié, car tout m’intéresse a priori, et j’étudie chaque proposition sans exclusion qu’il s’agisse d’un appartement, d’un restaurant, d’une boutique ou encore d’un hôtel. Éclectique enfin, car je travaille également à l’élaboration et à la réalisation de collections de mobilier. Une première est en préparation. Je suis touche-à-tout et hyperactif, je veux que le Studio soit dans cette ligne-là.

Vous nous confiez être pluridisciplinaire. Avec votre personnalité, votre métier, quel sens revêt cet adjectif ?
Hugo
Au cours de ma formation à Penninghen, j’ai développé un savoir-faire académique répondant à des normes précises, desquelles on ne déroge pas. Je suis d’ailleurs heureux de pouvoir enseigner depuis deux saisons dans cette école et d’accompagner des étudiants dans la préparation de leur diplôme. Mais j’ai toujours voulu, ou plutôt j’ai toujours eu besoin de faire du dessin. L’illustration me passionne. Je dessine tous les jours. Souvent dès le réveil, que ce soit avec mes crayons ou sur ma tablette numérique. Si je ne dessine pas, c’est que quelque chose ne va pas. En ce moment, je bouge souvent, je suis hyperproductif pendant chaque voyage. Mon deuxième master était tourné vers l’architecture expérimentale et le numérique, ce qui me permet aujourd’hui de ne pas brider ma création et d’essayer de ne pas m’enfermer dans une facilité de pratique (enfin je l’espère), si bien que je peux tout à fait imaginer dessiner ou peindre sur les murs pour un projet ou faire la charte graphique du projet.
Vous vous attachez à produire une « architecture narrative » pour chacun de vos projets. Quelle serait celle de votre espace de vie ? 
Hugo
Mon espace de vie parisien est pensé comme les wagons d’un train. La configuration du lieu est atypique dans la mesure où c’est une enfilade de pièces et de typologies de fonction. L’idée s’est donc imposée d’elle-même. Je souhaitais que l’ensemble soit cohérent tout en me ressemblant et que le passage d’un espace à un autre soit fluide et simple.
Applique murale chez Hugo Toro à Paris
Plan de travail en marbre dans la cuisine d'Hugo Toro à Paris
Gâteau dans la cuisine d'Hugo Toro à Paris
Carafe en verre verte chez Hugo Toro à Paris
Cuisine rouge chez Hugo Toro à Paris
Racontez-nous cet endroit. Votre rencontre avec celui-ci.
Hugo
L’appartement était occupé lorsque je l’ai visité. La propriétaire et sa famille y vivaient depuis plus de soixante ans. J’ai d’abord eu le coup de cœur pour le lieu, même s’il fallait vraiment se projeter, casser tous les volumes et tout reconstruire. Et puis pour cette femme qui y vivait encore. Elle avait besoin de se sentir à l’aise avec le repreneur, de savoir que le lieu était (et serait) entre de bonnes mains. Lorsque les travaux ont été finis, j’ai envoyé des photos à sa fille pour lui montrer le rendu final. Je sais que ça lui a fait plaisir ! J’aime l’idée de la mémoire et de la nostalgie positive.
Comment l’avez-vous pensé architecturalement, stylistiquement parlant ?
Hugo
Je voulais que le lieu soit instantanément chaleureux, que moi-même ainsi que mes invités nous y sentions bien, et ce, dès la porte franchie. Je voulais aussi quelque chose qui soit fort, avec la couleur omniprésente et un contraste entre les matières. Par exemple, le parquet brut versus des matériaux comme l’ébène de Macassar dans la cuisine avec son marbre Rain Forest très graphique, souligné par des joints creux en laiton. Pour le salon, un velours vert lumineux au passepoil mousse tricolore, en opposition aux murs en aluminium pour apporter de la lumière et de la profondeur de champ.
Et meublé ?
Hugo
Tout ou presque est dessiné sur mesure dans l’appartement. Cela passe par le lit aux formes d’inspiration aztèque avec ses rivets en laiton, la cuisine ou le canapé dans le prolongement duquel se trouve un bloc en laiton qui abrite toute la domotique et le caisson de sono. L’espace n’étant pas gigantesque, j’ai cherché à tout optimiser comme dans une cabine de train. J’ai des objets très personnels, comme les deux tables basses en résine de mon amie Hélène de Saint Lager (l’œuvre au mur en aluminium est de la même artiste), ou la lampe en cuir et en raphia chinée aux puces –une de mes passions. J’ai également une grosse collection inexpliquée de cendriers, même si je n’ai jamais fumé et que je ne compte pas m’y mettre (Rires). À côté de cela, vous pouvez retrouver une touche dans le style Memphis avec le guéridon vert et son marbre blanc pour casser les styles et accentuer mon côté éclectique, tout comme le tabouret brutaliste espagnol des années 1930 ou bien la lampe à côté du lit qui vient de l’Entler Studio à Los Angeles et qui me rappelle mes études. Et puis j’ai aussi des œuvres d’amis, un portrait de moi (un cadeau d’anniversaire, je précise) réalisé par mon ami Leny Guetta et des compositions minimalistes et aériennes de Gaultier Rimbault-Joffard. Ici, rien n’est jamais fixe, tout est toujours changeant, en mouvement, comme dans un train qui roule. Alors je m’amuse à déplacer les objets et à les faire tourner, au gré de mes humeurs !
Console en bois et en verre dans la chambre d'Hugo Toro à Paris
Chambre avec tête de lit et dressing chez Hugo Toro à Paris
Croquis chez Hugo Toro à Paris
Rideau beige dans la chambre d'Hugo Toro à Paris
Les couleurs y sont omniprésentes. Quel rapport entretenez-vous avec elles ?
Hugo

La couleur est certes importante dans mon travail, mais elle n’est pas toujours omniprésente. Je crois que c’est quelque chose qui vient de ma mère, qui m’a élevé dans la couleur et la texture. La maison de mon enfance était une version contemporaine de la maison de Frida Khalo : cuisine ocre jaune, salon rouge, jardin d’hiver bleu outremer… par contre, le bureau était beige, et je n’ai jamais su pourquoi (Rires) ! Ce que je recherche, c’est la chaleur et la convivialité. Cela peut s’obtenir par les teintes, certes, mais surtout par le travail de la lumière.

Que dit-il de vous ?
Hugo
Il dit de moi ce qui constitue ma ligne de conduite : toujours chercher à prendre du plaisir et à assouvir ma passion tout en restant impliqué dans tous les projets, et cela, avec un soupçon de folie ! Sinon, à quoi bon s’exprimer ? Il dit aussi que c’est important pour moi de dessiner un projet dans son ensemble. Qu’il soit juste et s’ancre ainsi de manière pérenne. Enfin, pour finir, il raconte mon obsession du détail, comme je le disais plus haut.
Pour vous, The Socialite Family, c’est… ? 
Hugo
Une chose à laquelle je suis attaché : entrer dans l’intérieur, le lieu de vie des gens. J’aime y découvrir souvent de beaux exemples d’habitations, d’endroits en mouvement, vivants et pas aseptisés. Des espaces avec des accidents qui contribuent à créer la vie et à éviter le côté musée.
Où vous retrouverons-nous dans les prochains mois ?
Hugo

(Rires) À Paris, mais aussi dans le sud de la France et à l’étranger « London calling… » : bref, dans un rayon de 3500 km ! Mais gardons le suspense. Vous en saurez bientôt plus.

Statue blanche d'oiseau chez Hugo Toro à Paris
Chambre Hugo Toro #2
Chambre Hugo Toro #1

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« Se laisser guider par l’émotion ». Telle est la philosophie de vie de notre hôte du jour, Guido Taroni. Photographe milanais aux collaborations prestigieuses, le trentenaire est un éternel enthousiaste ! Un passionné de l’œuvre de...

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1 commentaire

Bonjour,
Savez-vous d’où vient la console en rotin ? elle est magnifique ! merci beaucoup

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