Famille

À Paris, dans l’écrin fantasque et décadent de jeunes collectionneurs inclassables

Alex Rash

Chez

Ravenna Sohst, Alexander Rash et leur tribu

Ces deux-là sont comme les deux faces d’une même pièce. Enfants sauvages, comme ils se désignent eux-mêmes, issus d’un melting-pot culturel heureux. Voyageurs et fantasques, un poil décadents, Alexander Rash, à la tête du festif Serpent à Plume situé place des Vosges, et Ravenna Sohst, sociologue, vivent sans règle mais pas sans loi, dans un intérieur qui traduit tous ces états d’esprit : ouvert sur le monde, pour autant très personnel et intime, à la croisée des époques et des cultures. Ici, chaque objet a son histoire, et chaque histoire a son mystère. À l’image de ses propriétaires. En cette période festive, The Socialite Family s’est invité dans cet intérieur incarné, auprès du couple et de sa tribu qui va et qui vient, comme une famille choisie.

Lieu

Paris

texte

Elsa Cau

Photographies et Vidéos

Clément Vayssières, Elsa David

TSF

Alexander, Ravenna, présentez-vous.

Ravenna

J’ai 31 ans. Je suis Berlinoise. À 19 ans, j’ai débarqué à Marseille et je n’ai plus jamais quitté la France depuis. J’ai, en même temps, beaucoup voyagé notamment grâce à mon travail et auparavant pendant mon doctorat. Tout ça pour dire que, maintenant, on est, ici, dans notre appartement, avec Alex. Ça fait deux ans que nous y sommes installés. On a passé six ans juste en dessous, dans un studio, et c’est la première fois qu’on a un espace à nous, un vrai, qui est vraiment comme une maison.

Alexander

On est ensemble depuis onze ans déjà.

Ravenna

Ça fait presque deux ans que j’ai eu mon doctorat en sociologie. Ensuite, j’ai commencé à travailler pour un think tank qui est basé à Washington. Mes sujets de prédilection sont la migration et le développement… Je ne vais pas en parler des heures : ça me passionne. Je voyage beaucoup dans ce but. Cette année, je me suis rendue en Éthiopie, au Ghana, en Tunisie, au Maroc. D’ailleurs, on était ensemble en Éthiopie, avec Alex. À chaque fois, ce sont des voyages tellement inspirants, qui sont en dehors de tout ce qu’on connaît, de notre réalité.

Alexander

Je suis un Américain qui habite à Paris depuis déjà dix ans et en France, depuis douze ans. J’ai ouvert le Serpent à Plume, sans « s », un restaurant-bar à cocktails au numéro 24 de la place des Vosges, il y a cinq ans. Sinon, je suis aussi amateur d’art sous toutes ses formes, à commencer par l’art précolombien et l’art africain. En réalité, je suis surtout amateur de Drouot. C’est là, selon moi, qu’on forme son œil et surtout une vraie connaissance en art. Pas dans les grandes maisons : à l’Hôtel des ventes Drouot, où l’on peut encore faire des découvertes et des affaires.

TSF

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Alexander

J’ai rencontré Ravenna la première semaine de notre rentrée à Sciences Po, sur les marches de la place des Cardeurs, à Aix-en-Provence. Elle était avec un autre garçon, à l’époque. Ça arrive (rires).

Ravenna

J’étais jeune !

Alexander

Je l’ai séduite à coups de missions surprises : faire du vélo jusqu’à Marseille, prendre un train de façon illégale et déguisés en contrôleurs…

Ravenna

Ah, oui, le train, c’était l’un de nos premiers week-ends ensemble. On est allés à Paris.

Alexander

On a toujours été très complices. C’est l’aventure qui nous lie et qui persiste envers et contre tout dans notre quotidien, avec une curiosité perpétuelle.

Ravenna

On aime découvrir des endroits, des gens et des groupes très différents. S’immerger dans des univers divers et voir comment c’est, de vivre dedans.

TSF

Racontez-nous la découverte de cet endroit.

Ravenna

On avait le studio en bas, dans le même immeuble justement, où on a vécu quand même six ans. C’était vraiment un petit studio, de la taille de cette cuisine. Une famille vivait ici, avec laquelle on s’est liés. Un jour, ils ont déménagé en Espagne. On a eu une opportunité.

Alexander Rash

La lutte continue, cela signifie d'apporter partout où l'on se rend une notion de fête et de convivialité. De militer pour l’énergie, l'élégance et la décadence réunies.

alex-rash

TSF

Avez-vous réalisé beaucoup de travaux, ici ? On a l’impression de pénétrer dans un appartement qui a toujours été ainsi…

Alexander

On a fait des travaux dans la salle de bains, en haut. Sinon, le reste était déjà là, l’appartement n’avait besoin que d’un coup de propre…

Ravenna

Les volumes étaient là, bien sûr. C’est la décoration qui a surtout changé, avec des éléments imposants, comme les miroirs de la salle à manger, par exemple. Ç’a pris beaucoup d’essais, de réflexion. On les a d’abord placés dans une autre pièce. Et puis les murs du salon, qui ont l’air d’être peints, mais qui ne le sont pas, qui sont enduits d’une terre japonaise à la texture fine.

Alexander

Dans les gros éléments de décoration de l’appartement, il faut encore parler de Drouot ! La cheminée qui trône dans le salon vient d’une vente aux enchères. On l’a achetée 450 euros, pour ne rien vous cacher. C’était même plus cher à transporter… Et ç’a meublé l’endroit, d’un coup, d’un seul. Les miroirs de la salle à manger, qui l’ont vraiment architecturée, proviennent aussi d’une vente aux enchères. Et surtout, ils viennent de chez Madame Claude (célèbre proxénète de la prostitution parisienne de luxe des années 1950-1970, ndlr) ! Il s’agissait de portes de garde-robes, gravées d’après des dessins d’Erté. Après une longue réflexion menée avec Ravenna, on a décidé d’ajouter d’autres miroirs entre chaque porte de placard pour créer cet effet de relief et en faire un mur, un vrai. Bref, on aime créer un décor entier à partir d’une pièce, d’un meuble. Et donner l’impression que tout a toujours été là, comme ça.

TSF

Comment décririez-vous votre style ?

Alexander

Un très grand éclectisme de plusieurs époques qui nous inspirent. Madame Claude, c’est la décadence années 1970, la cheminée, ce sont les années 1940 avec un côté Gio Ponti. Il y a aussi des meubles et des objets plus ou moins anciens, comme la commode Transition et la chaise art nouveau de Gallé dans le séjour…

Ravenna

Mais en même temps, on a tellement de styles et d’influences ! Pour nous, c’est vraiment important de vivre avec toutes ces cultures, ces époques. Mais d’y vivre vraiment, en désacralisant tout ça. On n’est pas une galerie ou un musée, on est chez nous, c’est un lieu de fête, de famille et de repos. Tout ce qu’on fait, mais entourés des objets qu’on aime, d’histoire et de mémoire.

Alexander

Évidemment, il y a aussi des tableaux et des photos réalisés par des amis, des objets d’affection pure.

TSF

Comment votre éducation, votre entourage proche, votre famille ont-ils fait évoluer votre goût ?

Ravenna

Souvent, on se compare à des enfants sauvages. D’ailleurs, c’est amusant qu’on pose en tribu pour vous : pour ma part, mes parents ont vécu dans une communauté d’artistes allemands, suisses et autrichiens dans les années 1970-1980. Je suis née plus tard, mais j’ai grandi avec cet esprit. J’ai grandi à Berlin. Mon père est musicien et, d’ailleurs, c’est son violoncelle que j’ai dans le salon. Je me souviens du grand piano qu’on avait chez mes parents : j’y ai beaucoup joué. Petite, je grimpais même dedans pour sentir ses vibrations.

Alexander

J’ai grandi dans une famille du Minnesota. On a ensuite vécu à Singapour, à Berkeley, en Californie aussi. Mon père adorait les costumes – je tiens ça de lui, en version un peu plus théâtrale – et les années1950. Dans le Midwest, il y a beaucoup de maisons très caractéristiques de cette époque, un peu de banlieue comme ça. C’est à l’occasion de l’un de ces voyages, à Miami, que j’ai découvert l’art déco. Une révélation. J’étais skateur, ce qui est vraiment un état d’esprit : je me promenais dans les rues et je dénichais des artistes, j’observais l’architecture et les gens. Le reste de mes découvertes a commencé avec mon arrivée en France. Mais j’étais déjà chineur, ce que je tiens de mon père, qui collectionnait les années 1950. Il possédait une chaise de Le Corbusier qu’il aimait beaucoup, mais quand j’avais 4 ou 5 ans, je sautais toujours dessus… ce qui l’irritait grandement. C’était un objet qui me faisait un peu peur, mais en même temps, j’avais envie de… le désacraliser, encore ce mot. C’est toujours important, pour moi, d’abattre les frontières.

TSF

Diriez-vous que vous influencez mutuellement vos goûts ? Et si oui, comment ?

Alexander

J’ai un style un peu plus baroque, on va dire, et Ravenna peut-être pas dans le minimalisme non plus, mais plus fonctionnel. Peut-être ton côté allemand (rires) ? Souvent, justement, quand on veut choisir quelque chose, on arrive à trouver une option qui était encore meilleure que ce que chacun voulait.

Ravenna

Mais c’est vrai qu’Alex, il a son uniforme, il a son style et il le garde. C’est vraiment sa marque de fabrique, je dirais. Et moi, je change tellement ! Je change d’avis, je change de style et d’univers.

TSF

Il y a une pièce de désaccord, un objet de désaccord ici ?

Alexander

Ravenna n’est pas très fan des chevaux de Bugatti dans la cuisine.

Ravenna

Oui, je trouve que ça fait beaucoup trop rigide.

Alexander

Ce sont de faux problèmes. On est d’accord sur tout, tout va très bien. On est très heureux. C’est beau, on est contents !

Ravenna

La pendule du salon aussi, au début, en bronze doré. Je la trouvais lourde. Mais je m’y suis faite. Et puis, elle tinte d’une musique que j’aime écouter à des moments assez improbables.

Alexander

C’est la pendule de Gluck, le compositeur officiel de la reine Marie-Antoinette !

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TSF

Il y a toujours du monde ici. Qui vit avec vous et tous ces objets.

Alexander

Oui. Ils vont, ils viennent, ils font une sieste sur le lit, ils prennent un bain, ils bouquinent, ils font la fête avec nous. On est tous très proches. Comme une tribu. On se connaît depuis nos arrivées à Paris. On s’est vu grandir mutuellement, on s’est soutenus dans les projets, on s’est vu galérer et avoir du succès. À Paris, les choses vont vite. C’est bien d’être entouré, aussi, de personnes qui te comprennent vraiment, qui peuvent vivre avec toi tel que tu es.

Ravenna

Nous, on n’a pas nos familles ici. C’est la famille qu’on s’est choisie, d’une certaine manière. Chacun apporte son énergie. On est très vulnérables ensemble.

TSF

Alexander, ça ne doit pas être facile, comme métier, d’être à la tête du Serpent à Plume. D’être toujours celui qui « doit » être festif.

Alexander

Non, ce n’est pas facile. D’ailleurs, pour le Réveillon, on rêve de tout couper. En général, c’est ce qu’on fait : pas de téléphone, pas de réseau pendant une semaine. Ce mode de vie, je l’admets volontiers, est un peu schizophrénique. Il y a toi, le personnage, et toi, le vrai. Avec toutes les attentes des gens.

Ravenna

Mais vous êtes très fusionnels, le Serpent et toi, Alex.

Alexander

Un peu trop, mais c’était comme ça qu’il fallait commencer, bien sûr. Et je ne le regrette pas. Je pense que quelque part, la manière dont je vis mon personnage et dont j’ai créé le lieu correspond à une facette de ma personnalité. Est-ce qu’il y en a d’autres ? C’est sûr. Mais il y a une vraie démarche artistique dans cette facette-là. Une âme, du théâtre, une mise en scène. Et justement, de cultiver ce mystère dans le Serpent comme dans la vie, c’est le jeu.

TSF

Qu’est-ce qu’on peut dire de cette maxime que vous avez adoptée : « La lutte continue » ?

Alexander

La lutte continue, c’est la lutte pour apporter avec moi, partout où je vais, mais surtout au Serpent, une notion de fête et de convivialité. Je milite pour l’énergie, l’élégance et la décadence réunies.

Ravenna

On est tous les deux doubles. Parfois, j’ai l’impression d’avoir deux vies tout à fait différentes parce que je travaille beaucoup avec des réfugiés, des demandeurs d’asile, des réfugiés politiques aussi. Je rencontre souvent des situations très dures. Vraiment, c’est quelque chose qui est important pour moi. À côté, j’ai cette vie avec Alexander. Deux univers qui cohabitent étrangement mais me tiennent autant à cœur l’un que l’autre.

TSF

Pouvez-vous nous parler d’une pièce, d’un objet ici que vous aimez particulièrement ?

Alexander

Dans le salon, il y a un bureau qui a été fait pour un film de Batman. C’était le bureau du Joker. C’est le travail d’un ébéniste, mais c’est du set design, du décor, j’adore. Dans les ailes, il y a des tiroirs cachés. On l’a trouvé à la grande foire d’antiquités, la Tefaf Maastricht. Le tableau derrière, c’est une œuvre du peintre Eduardo Arroyo, qui appartient au mouvement du nouveau réalisme espagnol. Il représente Winston Churchill en train de peindre. Et bien sûr, on ne peut pas rater le canapé baptisé Safari, la pièce maîtresse. C’est le collectif de designers italien des années 1970, Archizoom. Les modules se déplacent, sont mobiles, adaptables. Un salon pas rigide : ça nous ressemble.

Ravenna

On aime ses formes libres. Et cet objet indéfini, en bois, avec de grosses boules, c’est une sculpture un peu psychédélique de Pol Bury. Elle bouge !

Alexander

Dans notre chambre, il y a un artiste que Ravenna aime beaucoup, c’est Ferdinand Desnos. Le portrait d’homme, c’est Antonio de La Gandara, comme le grand portrait de femme qui surplombe le salon, en haut de l’escalier. Et là, à côté, j’aime cette petite aquarelle de Sonia Delaunay qui m’a été offerte pour mon anniversaire ; elle représente un « A » pour anarchiste ou pour Alex, je ne sais pas.

Ravenna

C’est peut-être le même mot (rires).

TSF

Quelle pièce préférez-vous de la collection The Socialite Family ?

Ravenna & Alexander

Les flûtes à champagne de votre collaboration avec Waww La Table. On aime beaucoup l’idée d’avoir utilisé le verre opalin pour jouer sur les effets de transparence et d’opacité. Et puis, les couleurs sont festives !

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