Famille

Dans un loft new-yorkais lumineux, l'art au coeur du sujet

Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York

Chez

Chez Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis, trublions de l’art à New York

Obsessionnelle. C’est ainsi que se décrit l’artiste américaine Jo Fish. Dans les faits, la jeune New-Yorkaise pratique la peinture à mi-chemin entre figuration et semi-abstraction, sorte de néosurréalisme des corps contorsionnés et joyeusement désarticulés, brouillant la forme et le propos de ses compositions. À quelques encâblures de son atelier à NoHo, avec son compagnon Pierre-Ravelle Chapuis, marchand d’art (français) à New York, ils ont investi un loft spacieux et lumineux, à l’ambiance « grunge, mais de bonne famille », comme eux, fleurant bon l’influence de l’âge d’or à la Basquiat, sis dans un immeuble historique du quartier de NoLita. The Socialite Family est allé à leur rencontre.

Lieu

New York

texte

Constance Gennari

Photographies et Vidéos

Constance Gennari

Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
L'artiste Jo Fish dans son atelier à New York

TSF

Jo, Pierre, pouvez-vous vous présenter ?

Jo

Je suis artiste, je vis et travaille à New York.

Pierre

Je suis marchand d’art, je vis et travaille à New York. Je suis père de deux enfants, Scarlett 8 ans et Zadig 7 ans.

TSF

Quel est votre parcours, à chacun ?

Jo

Je suis née dans les années 1990 dans le Michigan. Enfant, j’ai fait beaucoup d’athlétisme, m’entraînant jusqu’à cinq heures par jour pour atteindre un haut niveau, véritablement obsédée, consumée par le sport. À l’adolescence, mon attention a doucement dérivé vers l’art. Un jour, mon père m’a offert l’ouvrage Jean-Michel Basquiat 1981 : The Studio of the Streets. C’est une (autre) véritable obsession qui s’est emparée de moi à ce moment-là : j’ai lu et relu, étudié chaque tableau. Quand j’ai découvert, par moi-même, le processus de peindre, j’ai su que j’avais trouvé mon obsession finale. Dans le même temps, j’étudiais intensément d’autres artistes comme Edgar Degas et Willem de Kooning. J’ai toujours été attirée, comme sans doute quelqu’un venant d’une petite ville peut l’être, par le romantisme et la rugosité, le côté brutaliste de New York. Deux semaines après avoir reçu mon diplôme en art et design de l’université du Michigan, j’ai déménagé ici. Après avoir exercé de petits boulots dans le monde de l’art, mais pas seulement, je suis heureuse de pouvoir désormais passer le plus clair de mon temps à l’atelier, à peindre, c’est-à-dire à faire ce que je préfère faire au monde.

Pierre

Je suis né à Beaune en Bourgogne, dans les années 1980, et je suis diplômé de l’École nationale supérieure d’art de Dijon. Tout en évoluant dans le monde de l’art en tant qu’artiste plasticien, j’ai beaucoup travaillé pour des galeries, des institutions et aussi d’autres artistes. J’ai aussi vécu un an au Japon en tant qu’étudiant à l’école d’art de Nagoya et une autre année en Australie, en tant qu’artiste en résidence au Fremantle Arts Centre. En 2007, j’assistais Blair Thurman, un artiste maintenant représenté par Gagosian. Par son intermédiaire, j’ai rencontré Christophe Van de Weghe, avec qui j’ai commencé à travailler partout en Europe et peu de temps après, je déménageais à New York. C’est à ce moment-là que j’ai fait le choix de devenir marchand d’art et de mettre mon travail d’artiste en second plan.

TSF

Jo, quelles sont vos influences, vos références dans votre travail ?

Jo

Je passe mon temps à faire des recherches et à étudier, à travers les monographies (Picasso, Mitchell, Richter, Matisse, etc.) et la documentation, les artistes et la théorie. De Kooning, Bacon, Guston et Cassatt figurent parmi les artistes modernes que j’admire le plus. D’un point de vue plus contemporain, je citerai Stefanie Heinze, Adrian Ghenie ou encore Christina Quarles.

TSF

Que racontent vos tableaux, ces personnages récurrents dans vos tableaux ont-ils un nom, une référence à l’histoire de votre vie ?

Jo

Je ne me base jamais sur ma vie, mes souvenirs ou des scénarios existants. Je crée à partir d’un imaginaire des compositions surréalistes, en juxtaposant une figure, des objets du quotidien et des formes abstraites. J’essaie de mimer des émotions pures, brutes, de différentes manières et interprétations : la complexité d’un baiser, l’acidité d’un citron, donner un coup de pied, de fureur, dans une planche, la sérénité que l’on ressent en observant une feuille, etc.

Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Aux murs, chez Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis à New York

Pierre Ravelle-Chapuis

A New York, on dit "If you snooze, you lose" !

Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York. La chambre
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York. La chambre
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York. La chambre
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York

TSF

Jo, comment avez-vous trouvé votre atelier au sein de Noho ?

Jo

J’ai eu de la chance, de trouver cet atelier ! Trouver un lieu digne de ce nom au sein de la ville est loin d’être chose aisée, la plupart des ateliers se trouvant à Brooklyn. Quand je suis tombée dessus, en ligne, j’ai sauté sur l’opportunité. Pendant la visite, j’ai constaté que l’espace pouvait radicalement m’aider à améliorer ma pratique et ma gestion du travail. C’est aussi très simple pour les gens de me rendre visite ici. Il se trouve par ailleurs que je suis à quelques immeubles à peine de l’ancien atelier de Basquiat. La boucle est bouclée, en quelque sorte.

TSF

Pierre, quel est le quotidien d’un frenchie à New York ? Pourriez-vous à nouveau vivre en France ? Qu’est-ce que vous aimez dans le fait de vivre aux US ?

Pierre

New York est une ville bourrée d’énergie. On n’a jamais vraiment le temps de s’arrêter. Ça n’est pas fait pour tout le monde mais je pourrais maintenant difficilement vivre autrement. Il y a toujours quelque chose de neuf à voir ou à faire. On ne peut en revanche pas dire que vivre à New York soit comme vivre n’importe où aux États-Unis, c’est vraiment un truc à part. Je ne connais aucun autre endroit qui égale New York en termes de mélange culturel et d’opportunités, mais je ne connais pas non plus d’endroit où la vie est aussi agressive ! Ici, on dit : « If you snooze, you lose. »

TSF

Racontez-nous l’histoire de ce loft, appartement dans lequel vous vivez ? L’immeuble aussi semble avoir une histoire… Sans même parler du quartier !

Jo & Pierre

Nolita, c’est une ambiance particulière, un quartier relativement restreint – coincé entre le Lower East Side, SoHo et Little Italy – et quand on vit ici, on se sent vraiment chez soi. Il y a pléthore d’énergies différentes et d’histoires qui s’y confrontent. Notre immeuble date des années 1850, c’était une base d’armurerie pour la guerre civile. À l’origine, le bâtiment était utilisé comme abattoir de porcs, ce qui explique que les sols penchent tous vers un angle précis, une architecture pensée pour que le sang des bêtes afflue vers les canalisations. Au début des années 1990, l’immeuble est devenu une résidence. Rapidement, il a été transformé en un espace réservé aux artistes : Moby, André 3000 (Outkast) ou encore Dash Snow ont investi les lieux. À notre connaissance, le sous-sol a aussi été utilisé comme studio d’enregistrement, pour des groupes comme les Beastie Boys. Depuis, les lieux se sont imprégnés de cet esprit créatif. Certains artistes des années 1990 sont encore là, ainsi qu’une nouvelle génération comme nos voisins et amis Cucculelli et Shaheen, le duo de stylistes. Nous adorons notre immeuble et plus largement notre quartier : nous sommes ravis de pouvoir continuer à en écrire l’histoire.

TSF

Votre appartement influe-t-il sur votre pratique, Jo ? Est-il en lien étroit avec votre métier, Pierre ?

Jo

L’histoire très riche du bâtiment dans lequel nous nous trouvons est évidemment très inspirante et motivante, sans compter les souvenirs que nous créons ici. Nous avons, de plus, une bibliothèque contenant beaucoup d’ouvrages de théorie et de catalogues de collection. J’ai donc la chance de pouvoir les consulter à tout moment… Ce que je fais très souvent.

Pierre

J’adore être dans notre appartement, je passe mes coups de fil dès le matin sur la terrasse lorsque la météo l’autorise. Entre la vue à 360° sur Manhattan, la lumière naturelle et le caractère de ce loft, je me sens très proche de l’histoire de New York, c’est très important pour moi de me rappeler tous les jours que je vis dans cette ville extraordinaire pour vendre des œuvres d’art de qualité muséale. Par contre, notre appartement n’est pas adapté à l’art, nous avons très peu de murs et beaucoup de fenêtres !

Dans l'atelier de Jo Fish
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans l'atelier de Jo Fish
Dans la bibliothèque de Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis

TSF

Quelle en est votre pièce préférée, à chacun ?

Jo

J’aime notre salle de bains ! D’ailleurs, j’aime les salles de bains en général, je les trouve intimes et révélatrices d’une personnalité.

Pierre

La pièce centrale : ouverte sur les deux chambres, elle comprend la cuisine, la pièce à vivre et donne accès à la terrasse sur le toit.

TSF

Parlez-nous d’un objet en particulier, ici.

Jo

J’aime beaucoup une œuvre que nous possédons de Stefan Marx. Cet artiste allemand utilise souvent des phrases pleines d’esprit et un style, à rapprocher de l’illustration, que j’apprécie. Là, on lit « Sad Generation with Happy Pictures » (génération triste avec images joyeuses, ndlr). Une manière amusante et légère d’avoir un peu d’autodérision quant à notre génération, mais un message pourtant plein d’une vérité plutôt pesante. Je me demande souvent si les générations précédant celles de l’image de masse étaient plus heureuses. Cela me fait également penser à une autre œuvre que nous possédons et que j’adore, une photographie de William Eadon sur laquelle on peut lire « LOL ». Il me semble que ces deux œuvres tiennent le même discours…

Pierre

Mon objet préféré, c’est cette édition miniature de l’Ours blanc de Pompon, dont la version originale avait été réalisée pour le salon d’automne à Paris en 1922, ensuite exposée au musée d’Orsay. François Pompon était un sculpteur originaire de Bourgogne, il a étudié à l’école d’art de Dijon et il y a d’ailleurs une autre version de l’Ours blanc dans un parc de Dijon en hommage au sculpteur. J’ai un attachement particulier pour cet objet qui est un cadeau de mes parents à l’époque où j’ai emménagé à New York. Il est en quelque sorte une synthèse de ma vie, il me parle de mon passé et de mon futur.

TSF

Comment avez-vous, chacun, formé votre goût ?

Jo & Pierre

Nous venons tous les deux de cultures et de pays différents, mais avons grandi dans un environnement similaire, avec des centres d’intérêt communs. On aime les jeans troués, les sons grunge rock, les skateboarders et l’ambiance garage : d’où une certaine esthétique industrielle et fonctionnelle chez nous.

TSF

Racontez-nous vingt-quatre heures de votre vie new-yorkaise.

Jo & Pierre

Quand nous ne sommes pas en déplacement, une journée normale commence autour de six heures du matin. Ce moment de réveil est suivi d’une explosion d’énergie dans l’appartement : là, ce sont les enfants, Scarlett et Zadig, qui se préparent pour l’école. On les emmène à l’arrêt de bus et on enchaîne avec une séance de gym. Jo passe sa journée à l’atelier, tandis que Pierre divise son temps entre la galerie, les bureaux uptown et des rendez-vous qui peuvent avoir lieu n’importe où dans la ville. Le soir, on se retrouve et l’espace commun est rempli de devoirs des enfants, du dîner en préparation, d’ordinateurs ouverts sur des e-mails de dernière minute à envoyer, des fameux pb&j’s, ces sandwiches de pain de mie au beurre de cacahuète et à la confiture, de rires et d’amour.

TSF

Vous voyez-vous toujours ici, dans dix ans ?

Jo

Difficile de savoir ce qui peut se passer en dix ans. Pour l’instant, en tout cas, nous sommes heureux ici.

Pierre

Je ne sais pas vraiment où l’on pourrait trouver mieux, donc il y a de grandes chances qu’on y soit encore !

TSF

Jo, où peut-on vous retrouver dans les mois à venir ?

Jo

A ma prochaine exposition qui aura lieu à la galerie Ketabi Bourdet de Paris en 2025. Et – ça vient de tomber – dans les collections du PAFA Museum à Philadelphie !

Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
Dans l'atelier de Jo Fish
Jo Fish et Pierre Ravelle-Chapuis chez eux à New York
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