Familles
Une maison rose aux accents seventies en Provence Verte
Chez
Ekhi Busquet, Matthieu Vergote et Kaïs, 3 ans
Le couple de designers Ekhi Busquet et Matthieu Vergote, a imaginé cette maison de famille résolument pop et joyeuse. Située à l’orée du parc régional du Verdon et de ses pinèdes, ce bâti forestier des années 70 trouve une nouvelle identité entre color blocks, jeux de carrelage et objets dessinées par leurs soins. Une chambre verte conçue comme une cabane pour papy, une chambre ouverte sur la piscine pour mamy et une chambre bleue électrique à la sculpturale tête de lit tubulaire : tout ici raconte l'histoire de ce couple de créatifs et de faiseurs également à la tête du studio Bureau Bingo. Kaïs, leur jeune fils, s’amuse à parcourir ce terrain d’amusement exceptionnel à bord de son camion à roulettes. Montez à bord pour une escapade pas comme les autres !
Lieu
Provence
texte
Anne-Laure Griveau
Photographies et Vidéos
Gautier Billotte, Valerio Geraci
Campagne pour les parasols Les Seins-Paires imaginés par Ekhi et Matthieu, canapé Westwing, chaise d'écolier chinée et sol Marmoleum signé Forbo.
Vase N.O.V.A. dessiné par Ekhi.
« Une bastide provençale magnifique n'avait finalement pas besoin de nous. Cette maison, si. Elle avait perdu une partie de son récit. Ce qui nous intéressait, c'était de retrouver son intention d'origine - une utopie des années 1970 - et de la réinterpréter avec notre regard d'aujourd'hui. »
TSF
Comment est née cette maison de famille, nichée au cœur du Verdon ?
Ekhi
Ce projet est arrivé à un moment où plusieurs envies se sont rencontrées. Matthieu avait grandi à la campagne, moi uniquement en ville, et avec l'arrivée de notre fils, on s'est mis à rêver d'un endroit où il pourrait grandir autrement, courir dehors, construire des cabanes, vivre au rythme de la nature.
Matthieu
Notre appartement marseillais n’est pas très spacieux, mais nous l’adorons, nous avons fait le choix de nous agrandir plus au vert !
Ekhi
Mais ce n'est pas seulement une maison de vacances. Nous avions aussi l'envie de créer un point d'ancrage pour notre famille, un lieu où toutes les générations pourraient se retrouver. Chaque grand-parent – la maman de Matthieu, comme mon papa - a donc sa chambre ici ! Pour mon père qui rêvait d’une cabane dans les bois, nous avons imaginé la chambre verte avec son cube ouvert sur la forêt, il y séjourne souvent sans nous. C'était essentiel que cette maison soit habitée, pas seulement ouverte quelques semaines l'été.
TSF
Vous avez pourtant grandi avec deux visions presque opposées de l'habitat.
Ekhi
Complètement. J'ai déménagé une trentaine de fois. Mes parents assez anarchistes avaient choisi une forme de liberté très particulière : ils privilégiaient la stabilité affective à la stabilité matérielle. Nous partions au gré des rencontres, des opportunités, des envies. Je n'avais jamais connu cette sensation d'avoir les mêmes murs, les mêmes livres, les mêmes objets depuis toujours. Longtemps, j'ai cru que posséder un endroit était antinomique d’épanouissement. Puis j'ai rencontré Matthieu. Lui avait grandi dans une maison, avec un ancrage beaucoup plus classique. J'ai découvert qu'un lieu pouvait produire exactement l'inverse de ce que j'imaginais : énormément de créativité, de sérénité, de joie. Aujourd'hui, je garde de mes parents le goût du mouvement, mais beaucoup moins cette idée de ne s'attacher à rien.
TSF
Votre travail est souvent associé à la couleur. Pourtant, vous en parlez davantage comme d'un outil que comme d'un choix esthétique.
Ekhi
Parce que c'est vraiment ce qu'elle est pour moi. Chez mes parents, la couleur était partout. C'était très vivant, très joyeux, très instinctif aussi. Ma mère, qui était d'origine marocaine, aimait les intérieurs très habités, très vibrants. J'ai gardé ce goût du multicolore, mais je l'utilise autrement. Avec le temps, j'ai compris que la couleur pouvait ranger les choses.
TSF
Comment ça ?
Ekhi
Elle permet de segmenter les espaces, de définir des usages, presque de créer une architecture à elle seule. Chez nous, chaque pièce est pensée comme un territoire. Cette maison est construite comme une étoile : un cœur central où l'on fait famille, puis chacun retrouve son espace. Chez mes parents, cette indépendance existait déjà, mais de manière très intuitive. Ici, elle est dessinée. J'aime cette idée que le matériel puisse faire du bien au spirituel. Qu'une maison bien organisée permette, au fond, d'être beaucoup plus libre.
Matthieu
Nous avons tous les deux un côté très créatif, mais aussi très structuré, pour ne pas dire maniaque ! Les couleurs nous aident à construire une véritable mise en page de la maison. J'ai une approche assez graphique de l'architecture. Je pense souvent les volumes comme si je composais une image en deux dimensions. Les color blocks, les circulations, les perspectives... tout participe à raconter une narration, comme dans une bande dessinée.
TSF
Quelle pièce ou objet vous réunit le plus ?
Ekhi
Sans hésiter, la bibliothèque. Tous les livres appartenaient à ma mère. Elle est décédée avant que nous achetions cette maison, mais elle est partout ici. La maison porte d'ailleurs son surnom, l’Amatxo. Au Pays Basque, où j'ai grandi, « Ama » veut dire « mère », et « txo » est le suffixe qui permet de dire « petit ». C’était notre façon affectueuse de dire « ma petite maman » ... Cette bibliothèque rassemble quarante années de ses lectures sur les plantes, l'aromathérapie, la phytothérapie... Tout ce qui l'intéressait. C'est sans doute la présence la plus forte de cette maison.
Verres les Seins-Paires, collaboration Ekhi x Matthieu
Bols Bordallo Pinheiro, carafe boule en verre ambre CFOC, cocotte Perfect Pot Our Place, façades de placard Plum en collaboration avec les peintures Ressource pour un parfait ton sur ton.
TSF
Ce bâti est issu d’une utopie des années 1970, c’était impensable de ne pas garder un peu de cette identité ?
Matthieu
Au départ, le coup de cœur était surtout pour l'environnement. La maison, elle, demandait beaucoup d'imagination. Puis on s'est intéressés à son histoire. Elle appartient à un ensemble d’habitations conçu par le promoteur et urbaniste Adrien Beaumont, qui défendait l'idée d’un lotissement qui serait en harmonie avec la nature, « une maison dans un jardin, un jardin dans un parc », disait-il. Les maisons sont disséminées dans la forêt, presque invisibles. On a l'impression qu'elles ont toujours été là. À l'époque, le domaine fonctionnait comme une petite utopie : il y avait une maison des jeunes, un boulodrome, une piscine, des espaces communs... L'idée était de recréer une forme de vie collective tout en laissant à chacun son intimité et son rapport à la nature. C'était une réponse à la massification, notamment dans l’univers du tourisme, des années 1970. On a trouvé cette réflexion passionnante. À partir de là, on s'est dit : plutôt que de nier cette époque, pourquoi ne pas la réinterpréter ?
Ekhi
Une bastide provençale magnifique n'avait finalement pas besoin de nous. Cette maison, si. Elle avait perdu une partie de son récit. Ce qui nous intéressait, c'était de retrouver son intention d'origine et de la réinterpréter avec notre regard d'aujourd'hui.
Matthieu
En vingt-quatre heures, on avait constitué un moodboard autour d'un vocabulaire pop, graphique, très seventies. C'est vraiment ce déclic qui nous a permis de nous projeter.
TSF
Vous dites souvent que la créativité naît de la contrainte.
Ekhi
Oui, c'est presque notre devise. On imagine souvent que créer, c'est partir d'une page blanche et faire ce que l'on veut. Nous pensons exactement l'inverse. Plus les contraintes sont fortes, plus elles obligent à être inventif.
Matthieu
Cette maison en est un bon exemple. Nous aurions pu tout refaire, gommer les années 1970, poser un sol en travertin partout et fabriquer une maison provençale de plus. Mais ce n'était pas le sujet. Les contraintes – que l’on s’est imposées - étaient déjà là : l'histoire du lieu, les matériaux existants, le paysage, cette architecture très horizontale... C'est précisément ce qui a rendu le projet stimulant.
Ekhi
Les artisans nous regardaient parfois avec de grands yeux. On leur disait qu'on voulait conserver les faïences des salles de bain, poser du lino dans le salon, remettre de la moquette dans les chambres... Tout ce qu'ils avaient l'habitude d'enlever ! Mais ces matériaux racontaient quelque chose de cette époque. Nous ne voulions pas les reproduire à l'identique, simplement leur redonner une place.
TSF
Vos références sont pourtant très contemporaines.
Ekhi
Oui, nous suivons beaucoup, par exemple, le travail de l’artiste espagnol Jaime Hayón. Ce qui nous touche chez lui, ce n'est pas seulement son univers coloré. C'est sa façon de passer du graphisme au design, de construire des objets très sophistiqués tout en gardant une immense légèreté. Il est très profond, sans jamais se prendre au sérieux.
TSF
Cette manière de créer est-elle la même chez Bureau Bingo, votre studio ?
Ekhi
Notre studio est né très naturellement. On a commencé par créer des objets pour nous, puis des appartements, puis des campagnes de communication. On ne cherche pas à être provocateurs. On cherche plutôt à déplacer légèrement le point de vue pour que tout redevienne évident. Petit à petit, les gens sont venus nous chercher pour cette manière de penser les projets de façon transversale. Nous intervenons souvent sur des projets où tout le monde bloque déjà. Les clients viennent chercher un pas de côté, une nouvelle manière de regarder un problème.
TSF
Quels sont vos rituels d'été ici, en Provence Verte ?
Matthieu
Nous suivons le soleil, comme des tournesols. Sur une terrasse le matin, puis l'autre le soir. Nos habitudes ici sont très simples. Monter au village prendre un café, se promener dans les sentiers forestiers, déjeuner sous les arbres, bricoler quelque chose dans la maison... J'ai grandi avec un père qui fabriquait beaucoup de choses. J'ai gardé ce plaisir de construire. Beaucoup d'éléments de la maison sont faits main, comme la grande tête de lit space age de notre chambre ou certains meubles.
Ekhi
Et puis il y a les biches ! Tout le monde les a vues et Matthieu est persuadé qu'il va enfin voir les biches qui passent devant la maison... il se poste tous les matins à la fenêtre de la cuisine, mais il les rate systématiquement ! Mon père, lui, les photographie tout le temps. C'est devenu une plaisanterie familiale.
Matthieu
Notre fils observe tout : les lapins, les renards, les oiseaux, les traces de sangliers... Et puis le passage des saisons... À près de 700m d'altitude, elles sont très marquées, c'est magnifique.
TSF
Vous partagez votre temps entre Marseille, Paris et Tourtour. Pourquoi avoir conservé cette vie à plusieurs adresses ?
Ekhi
Parce qu'on aime profondément le mouvement. Quand nous vivions à Paris, nous avions chacun notre appartement et nous avons longtemps fonctionné comme ça. Finalement, nous avons simplement déplacé l'un de ces appartements... à Marseille ! Nous aimons cette respiration permanente entre plusieurs villes, plusieurs rythmes.
Matthieu
Nous avons tout de même opté pour un appartement familial à Marseille et un pied à terre à Paris, dans le Marais. Il est petit, mais nous l’adorons, nous l’avons rénové tout en bleu. Avec notre fils, tout est un peu plus organisé, mais on continue à avoir cette sensation de changer d'air régulièrement. Et puis Tourtour vient compléter cet équilibre : c'est notre parenthèse de nature.
Plafonnier Bahaus, Quincaillerie Moderne, applique sélection Charlotte Perriand pour Les Arcs, peintures Ressource Bleu ultra marin et Cocon.
Applique Punto inclinée, Quincaillerie Moderne, Peinture L’exotisme, Ressource.
La chambre cabane conçue pour le papa d'Ekhi. Tapis confectionné à la main, Them.
Bijou mural acheté à Marrakech, peinture Cocon, Ressource.
Tableau Joris Goulenok, appliques Bauhaus cube, Quincallerie Moderne, Plateaux Edone, literie Room in a Box.
Miroir Gabrielle Paris, Tapis La belle bleue, Ekhi Busquet x Atelier Paolo.
Suspension Memphis, Westwing.
Faïence de Salernes d’origine, meuble salle de bain Plum.
Enceinte Conic Speaker, Lexon, ventilateur Calor chiné, chaise Irun, The Masie.
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